Comment limiter la place de la voiture en ville?

TRANSPORTS Les contraventions et le manque de place de stationnement n'auront pas raison des habitudes des automobilistes français! Si la plupart des pays européens tentent de prendre de la distance avec les voitures en ville, la France semble plutôt à la traîne malgré des tentatives...

Roxane Clément

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Selon une enquête, l'utilisation d'un vélo revient à 300 € par an, contre 5 500 € pour une voiture.
Selon une enquête, l'utilisation d'un vélo revient à 300 € par an, contre 5 500 € pour une voiture. — J-F. Badias / 20 Minutes

La pollution de l’air est responsable en France de près de 40.000 décès prématurés par an et Bruxelles a ouvert une procédure contre la France devant la Cour de justice européenne en raison de ses mauvais résultats dans la lutte contre la pollution aux particules fines, avec des dépassements des seuils limites d’exposition dans de nombreuses villes. 

Où en est le péage urbain? 

  • Singapour (Chine): en 1975, la ville-Etat de Singapour a mis en place le premier péage urbain. Depuis, la circulation automobile a baissé de près de 50%.
  • Oslo (Norvège): pionnier en Europe! La Norvège installe son premier péage en 1986 dans la ville de Bergen, en construit un autre en 1990 à Oslo, en 1991 à Trondheim, et un autre  en 2001 à Stavenger. Les sommes recueillies par ces barrières permettent de financer en partie les investissements en transport collectif, sans pour autant plomber le budget des Norvégiens (les nombreux forfaits disponibles rendent le coût du service supportable).
  • Londres (Grande-Bretagne): en 2003, la capitale britannique devient la première grande ville à se doter d’un péage urbain afin de réguler la circulation. Le forfait est de 8£ à 10£ par jour, mais les Londoniens bénéficient d’une réduction de 90%, et les conducteurs handicapés de la gratuité du service.
  • Stockholm (Suède): le péage à l’entrée de la ville remonte à 2006. Les automobilistes peuvent garer leurs voitures aux abords, dans les parkings prévus à cet effet, et prendre ensuite les transports en commun. Cette opération à succès (et soutenue par la population) s’étendra à la ville de Göteborg en janvier 2013.
  • Milan (Italie): 5€, c’est le prix d’un ticket pour entrer dans Milan. Le but de la municipalité était de faire baisser de 20% à 30% la pollution. Dès l’instauration du péage, le trafic à chuté de 40% (alors qu’il avait augmentait de 10% avant le projet)! A noter aussi: pour les voitures hybrides ou électriques, c’est gratuit! A Rome, c’est le centre qui est interdit aux voitures.

Parallèlement, en France, peu de villes semblent prêtes à se jeter à l’eau de peur de froisser leur électorat. Comment faire bouger les choses?

Ceux qui ne sont pas convaincus par les péages urbains pourront se satisfaire de ces mesures venues d’ailleurs.

  • En Allemagne, nos «cousins germains» ont mis en place des Zones vertes dès 2008. Il s’agit de restreindre le trafic et la pollution dans certaines zones urbaines. Comment ça marche? Chaque automobiliste placarde sur sa voiture un macaron symbolisant la quantité de pollution émise par sa voiture («vert» pour les véhicules propres, «jaune» pour les véhicules peu polluant, «rouge» pour les polluants et pas de vignette pour ceux qui polluent trop), ce qui lui donne accès ou non à la zone. Et il ne faut pas prendre cette méthode à la légère: les contrevenants sont passibles d’une amende de 40 euros et d’un retrait de points!
  • Zurich a interdit la construction de parkings sur les lieux de travail. La mairie a en effet constaté que 86% des employés suisses venaient en voiture si un parking était à disposition (contre seulement 36% dans le cas contraire).
  • Là aussi, la France fait figure de rebelle. Les automobilistes respectent peu les réglementations liées au stationnement (arrêts sur le trottoir, sur les places de livraison, horodateurs non payés…). A Paris, on estime à 100.000 le nombre de contrevenants et seuls 10% sont verbalisés!

Et les ZAPA?

La France a pourtant failli tester les ZAPA. Jugé injuste et peu efficace, le dispositif des Zones d’actions prioritaires pour l’air (Zapa), qui vise à réduire la circulation des véhicules polluants en ville, devrait revu d’ici janvier, selon la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho. Un comité interministériel sur la qualité de l’air doit  travailler avec les villes pour rechercher des solutions concrètes d’ici janvier prochain. Le projet, qui cherche à améliorer la qualité de l’air dans les centres-villes en y limitant l’accès de certains véhicules, avait été lancé en avril 2011 avec huit villes (Nice, Paris, Saint-Denis, Lyon, Grenoble, Bordeaux, Clermont-Ferrand et Aix-en-Provence). Mais un an plus tard, Nice abandonnait et aucune des sept autres villes n’a finalement déposé de dossier de candidature pour tester concrètement le dispositif.

Le mardi, journée des piétons