Vincennes invente le zoo du 21e siècle

CHANTIER Les cages laissent la place à des milieux naturels recréés où les animaux retrouvent leur environnement...

Audrey Chauvet

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Le chantier du parc zoologique de Vincennes, le 16 octobre 2012.
Le chantier du parc zoologique de Vincennes, le 16 octobre 2012. — A.Gelebart / 20 Minutes

Fini les animaux tournant en rond dans des cages. Au printemps 2014, le parc zoologique de Vincennes invitera les visiteurs à pénétrer dans les milieux naturels des girafes, pumas ou lamantins au fil d’un parcours de 4km dans les 15 hectares du parc. Plus qu’une rénovation, c’est «une renaissance» du zoo, assure Thomas Grenon, directeur général du Muséum national d’histoire naturelle.

Des biozones à la place des cages

«Le zoo du 21e siècle est basé sur la biodiversité, explique Thomas Grenon. On ne montre plus des espèces côte à côte dans un décor neutre mais on veut mettre en évidence les équilibres entre les espèces, faune et flore confondues.» L’animal devient ainsi un «ambassadeur de son milieu», reconstitué notamment grâce aux 2.250 nouveaux arbres venus du monde entier, aux bassins ou aux volières.

Cinq «biozones» vont ainsi être reconstituées: la Patagonie, avec ses côtes rocheuses et ses forêts andines peuplées de pumas, le Sahel-Soudan avec ses plaines immenses où se promènent girafes, zèbres et rhinocéros, l’Europe et ses forêts où de nombreux oiseaux trouvent refuge, la Guyane et Madagascar dont le climat tropical sera reproduit grâce à une immense serre de 4.000m². «Ces zones ont été choisies en fonction des programmes de conservation des espèces menacées, précise Michel Saint-Jalme, directeur de la Ménagerie du Jardin des plantes. Le Muséum est impliqué dans des programmes de préservation des lémuriens à Madagascar, la Patagonie nous permet de parler de la biodiversité marine et la partie européenne nous permet de faire un focus sur la disparition d’espèces chez nous.» On pourra notamment y admirer des lynx et des vautours, espèces réintroduites en Europe grâce aux programmes d’élevage menés dans les parcs zoologiques.

L’architecture au service de l’environnement

Car le zoo du 21e siècle est surtout un lieu de pédagogie: «Le parc est un outil extrêmement important pour faire prendre conscience au grand public de la crise d’extinction actuelle des espèces», rappelle Thomas Grenon. Mais pour les citadins, le zoo de Vincennes sera aussi un voyage autour du monde aux portes de Paris. «C’est un zoo urbain, il faut faire oublier qu’on est en ville et optimiser un espace contraint», poursuit Thomas Grenon. Un challenge auquel les architectes et paysagistes se sont prêtés de bonne grâce, imaginant des bâtiments végétalisés ou recouverts de grumes de bois pour se fondre dans le paysage. Les enclos et espaces de vie des animaux ont été conçus en collaboration avec les vétérinaires et soigneurs pour assurer leur confort. Ainsi, des faux rochers en strates ont été conçus pour que les mâles dominants des meutes de loups puissent s’y percher.

La volière de 2.000m², au pied du célèbre rocher, a elle été étudiée pour assurer un espace de vol maximal aux flamants roses et autres ibis rouges. D’une hauteur maximale de 16m, elle sera tendue sans poteaux. Quant à la grande serre tropicale, une «enveloppe bio-climatique» dans laquelle lamantins, paresseux ou petits singes évolueront librement au milieu de 140 arbres exotiques, elle a été conçue pour maintenir une température de 20 à 25°C et une hygrométrie de 80% toute l’année, sans recourir à la climatisation grâce à une ventiliation naturelle et un système de brumisation pour abaisser la température. Ses 6.000 panneaux de verre ont été incurvés pour offrir une luminosité la plus proche de la lumière naturelle et pour que le visiteur y entre «sans s’en apercevoir». Une conception écologique pour «une architecture qui se met au service de l’environnement», assurent les concepteurs.

Les girafes, fidèles vigies

Les quelque 1.000 animaux de 179 espèces arriveront progressivement à Vincennes d’ici au printemps 2014, date de la réouverture. Les soigneurs attendent de pied ferme un jaguar, venu de Varsovie, et des babouins qui font leur grand retour au parc. En revanche, plus d’éléphants, et toujours pas de pandas. Quant aux girafes mythiques du parc, les seules à être restées sur place pendant les travaux, elles «seront au centre du site, comme des vigies surveillant tout ce qui se passe autour», commente Jacqueline Osty. Ces grandes curieuses auront beaucoup plus de place pour gambader et devraient accueillir de nouvelles congénères. Déjà, trois petites girafes sont nées depuis le début des travaux. Un signe de bon augure pour la renaissance du zoo de Vincennes.