Pêche et aquaculture: Comment nourrir les hommes en sauvant les poissons?

PECHE Face à la surpêche, qui met en péril les populations de poissons, des solutions sont proposées par les ONG...

Audrey Chauvet

— 

Chalutiers et filets dans le port de pêche de Port-en-Bessin, dans le Calvados.
Chalutiers et filets dans le port de pêche de Port-en-Bessin, dans le Calvados. — GILE MICHEL/SIPA

Bientôt plus de poissons dans les mers mais des élevages géants pour alimenter les étals des poissonniers? Pour éviter une situation contre nature, les associations se mobilisent et proposent des solutions simples permettant de concilier respect de la biodiversité et exploitation des ressources marines.

Cinq organisations, Green Cross, Nausicaa, SeaOrbiter, Tara Expéditions et le Réseau Mondial Océan se sont ainsi réunies dans une Alliance pour les mers et les océans, créée lors du sommet des Nations unies sur le climat à Rio, en juin dernier. Dans un rapport intitulé «Quelles conditions pour faire émerger une Blue society?», elles s’interrogent sur les manières d’exploiter durablement les océans. Une nécessité, alors qu’une étude scientifique internationale vient de démontrer que les pêcheurs européens capturaient jusqu’à 28 fois leurs quotas annuels de poissons.

L’aquaculture, une alternative à risques

«L’aquaculture, censée représenter une solution alternative à l’épuisement des populations de poissons sauvages, rencontre deux limites fortes dont les effets amplifient le phénomène d’appauvrissement des océans, écrivent les associations. Elle est incapable de mettre en place des chaînes de nourrissage adéquat ni de proposer des espèces alternatives qui ne soient pas des espèces carnivores en haut de chaîne.» Sachant qu’il faut en moyenne 4 kilos de poissons sauvages pour produire un kilo de poisson d’élevage, le poids de l’aquaculture sur les ressources naturelles pourrait être insoutenable. Or, un poisson sur deux consommé dans le monde provient aujourd’hui de l’aquaculture. 

Une solution pourrait cependant permettre de concilier élevage et respect des  écosystèmes. L’aquaculture multi-spécifique a prouvé son efficacité, rappelle l’Alliance pour les mers et les océans, notamment dans les rizières asiatiques. Elle consiste à élever ensemble plusieurs espèces qui interagissent positivement: des systèmes riz-poissons ont déjà fait leurs preuves et des tests mariant saumons et moules bleues sont menés au Canada.

Cabillauds, harengs et sprats, un équilibre naturel

La pêche elle-même pourrait s’inspirer du fonctionnement de la nature: en mer Baltique, cabillauds, harengs et sprats représentent la majorité des captures. «Ces trois espèces interagissent les unes par rapport aux autres, écrivent les associations. Il est donc nécessaire de préserver ce fragile équilibre, car la prolifération d’une de ces trois espèces se ferait au détriment des deux autres. D’où  l’idée d’élaborer un plan pluriannuel multi-spécifique, afin de concevoir la pêche de ces trois espèces de façon écosystémique.» Comprendre, ne pas pêcher que des cabillauds, sous peine de voir la population de harengs et de sprats dont ils se nourrissent exploser, ce qui entraînerait une forte pression sur les œufs des cabillauds, mangés par les sprats et les harengs.

Le rapport de l’Alliance pour les mers et les océans vise à «mobiliser les acteurs privés», explique Nicolas Imbert, directeur de Green Cross France. Pêcheurs et industries agro-alimentaires pourraient s’inspirer des techniques proposées. Avant qu’il ne soit trop tard pour sauver les poissons.