La voiture électrique, écolo ou pas?

MONDIAL DE L'AUTO Présentée comme la voiture du futur, l'électrique ne serait pas totalement verte...

Audrey Chauvet

— 

La Citroen C-Zéro électrique qui a réalisé une odyssée autour du monde, le 25 septembre 2012.
La Citroen C-Zéro électrique qui a réalisé une odyssée autour du monde, le 25 septembre 2012. — ANTONIOL ANTOINE/SIPA

Près d’un Français sur trois serait prêt à passer à l’électrique: selon un sondage Ipsos pour Avere France et Mobivia Groupe, la voiture électrique a de l’avenir. 44% des sondés pensent qu’elle serait appropriée à leurs déplacements quotidiens et 29% se déclarent prêts à passer à l’électrique s’ils devaient acheter une voiture dans les prochains mois. Leur principale motivation: la flambée des prix du carburant, mais aussi l’image de voiture écolo. 94% des personnes interrogées considèrent ainsi que la voiture électrique est respectueuse de l’environnement et 77% citent le caractère écologique parmi ses principaux avantages, loin devant les économies qu’elle permet de réaliser ou son silence. Mais la voiture électrique est-elle si écolo qu’elle en a l’air?

La voiture électrique «reporte le problème»

«Vouloir reproduire l’automobile telle que nous la connaissons simplement en lui mettant un moteur électrique ne nous paraît pas réaliste», réagit Michel Dubromel, pilote du réseau Transports et Mobilité durables chez France nature environnement. Certes, la voiture électrique n’émet «localement» pas de CO2, mais elle ne fait que «reporter le problème sur la centrale la plus proche»: lorsque l’électricité provient d’une centrale thermique, celle-ci se charge d’émettre les gaz à effet de serre que la voiture ne produira pas. Et lorsqu’elle provient d’une centrale nucléaire, c’est toute la polémique sur l’énergie atomique qui refait surface.

Pourtant, «la voiture électrique ne consomme pas autant qu’on le croit», rappelle Charlotte de Silguy, secrétaire générale de l’Avere France, association professionnelle pour le développement de la mobilité électrique. «Si on atteint deux millions de véhicules en 2020, ce sera 1% de la consommation d’électricité contre 12% pour les télés, écrans plats, etc», chiffre-t-elle. Cette faible consommation s’explique par un meilleur rendement du moteur: quand un moteur essence perd 85% de l’énergie en chaleur et n’en utilise que 15% pour faire avancer la voiture, un moteur électrique se situe aux environs de 45% d’énergie utile, déperditions depuis la centrale comprises.

Optimiser l’existant avant de vouloir du nouveau

Charlotte de Silguy assure également qu’il n’y aura pas de pics de consommation à craindre car «les charges se feront essentiellement la nuit, il n’y aura pas besoin de construire des centrales supplémentaires et cela pourrait même contribuer à développer les énergies renouvelables». Pour cela, il faudrait que les propriétaires de voitures électriques les rechargent la nuit ou lorsque les éoliennes tournent. L’électricité stockée dans la voiture pourrait alors même servir de recharge pour la maison en cas de besoin. «Cette idée est merveilleuse sur le papier, mais cet équilibre parfait me semble utopique», estime Michel Dubromel, qui s’inquiète également de la composition des batteries. «Elles ont un coût environnemental très important, notamment à cause du lithium qui est une ressource limitée fournie par quasiment un seul pays.»

La voiture électrique n’est toutefois pas à jeter à la poubelle pour autant. «Elle nous paraît adaptée dans un contexte urbain où la population est exposée aux gaz d’échappement», précise Michel Dubromel. «Un des principaux avantages est qu’elle n’émet pas de particules fines, ni de monoxyde de carbone ou de dioxyde d’azote, qui sont très nocifs pour la santé», insiste Charlotte de Silguy. Les citadins pourraient donc mieux respirer grâce à l’électrique et apprécier des rues plus silencieuses. Mais pour France Nature Environnement, il faudrait surtout repenser nos usages de l’automobile: «Des solutions train et voiture de location pour les vacances, des plans de déplacement entreprises pour covoiturer avec ses collègues, des transports à la demande pour les personnes isolées… Il y a beaucoup de marges de manœuvre dans le parc actuel», rappelle Michel Dubromel. Penser à optimiser ce que l’on a avant de se rééquiper: un principe écolo qui s’applique aussi aux voitures.