Roman Polanski, questions autour d'une extradition

PEOPLE Le réalisateur a été interpellé en Suisse dimanche. Pour quelle raison? Pourquoi maintenant? Que risque-t-il?

Sandrine Cochard

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  — NIKO/NIVIERE/LORENVU/SIPA

Rattrapé par une affaire vieille de 30 ans, le cinéaste Roman Polanski pourrait bientôt devoir se présenter devant la justice américaine. La Suisse, qui a mené dimanche son arrestation, attend en effet une demande d’extradition des Etats-Unis. Explications.
 
Pourquoi Roman Polanski a-t-il été arrêté maintenant?
Le réalisateur est sous le coup d'un mandat d'arrêt américain depuis 1978 et d’un mandat d'arrêt international depuis 2005. Selon le quotidien américain LA Times, son arrestation était planifiée depuis la semaine dernière par le parquet de Los Angeles. Le réalisateur franco-polonais était en effet attendu au Festival du film de Zurich, samedi, pour une rétrospective de son oeuvre. Les autorités américaines et helvètes ont donc pu anticiper sa venue et en ont profité pour l’interpeller. Le réalisateur détient pourtant un chalet en Suisse, à Gstaad, dans lequel il séjourne régulièrement, mais les autorités helvètes ont fait valoir qu’elles ne pouvaient prévoir ses séjours.
 
Roman Polanski va-t-il être extradé?
Le ministère américain de la Justice doit encore formuler une demande officielle d’extradition auprès de la Suisse, qui n’a pour l'instant reçu qu'une «demande d'arrestation en vue d'une extradition». La justice américaine dispose de 40 jours pour se manifester. De son côté, Roman Polanski pourra contester toute décision auprès du tribunal pénal fédéral, puis du Tribunal fédéral, la plus haute instance judiciaire helvétique. Le réalisateur a d'ores et déjà fait savoir qu'il «refusait la demande d'extradition dont il est l'objet de la part des Etats-Unis». Et son avocat Me Hervé Temime d'ajouter: «Compte tenu des circonstances extravagantes de son arrestation, son avocat suisse sollicitera sans délai sa remise en liberté, éventuellement sous conditions».
 
Y a-t-il prescription pour cette affaire?
C’est la ligne de défense du réalisateur et de son avocat. «Il apparaît déjà qu'un problème de prescription de l'action publique se pose à l'évidence dans une affaire où, faut-il le rappeler, la victime supposée de l'infraction s'est désistée depuis de très longues années», explique Me Hervé Temime, avocat pénaliste et conseil de Roman Polanski, au Figaro. En France, une affaire de ce type est prescrite au bout de quinze ans, a rappelé Me Georges Kiejman, également avocat de Roman Polanski. «On essaie de faire lever le mandat d'arrêt à Zurich», a-t-il précisé lundi matin sur France Info. Début 2009, Roman Polanski avait demandé le classement des poursuites à son encontre, rappelle le quotidien suisse Le Temps. D’autant que la victime Samantha Geimer, aujourd'hui âgée de 45 ans et mère de trois enfants, souhaite depuis longtemps tourner la page et s'est prononcée pour le classement de l’affaire. En vain.
 
Que risque Roman Polanski?
Avant de s’enfuir des Etats-Unis, en 1978, le cinéaste avait passé 47 jours en prison en attendant son procès et était sur le point d'être condamné. Il avait rejeté l'accusation de viol de Samantha Geimer, âgée de 13 ans au moment des faits, mais avait plaidé coupable de «relations sexuelles avec une mineure», ce qui est passible de 20 ans de prison aux Etats-Unis. Il risque donc une condamnation lourde à laquelle s’ajouterait une autre peine pour délit de fuite. «S’il devait être extradé aux Etats-Unis, il pourrait finir sa vie en prison», affirme Le Temps.