Que cachent les changements de nom des stars?

PEOPLE Saute d’humeur, coup marketing ou schizophrénie?

Sandrine Cochard

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Le chanteur américain Prince va donner 21 concerts à partir du 1er août à Londres, seule ville européenne où il se produira cette année, a-t-il déclaré mardi lors d'une conférence de presse dans la capitale britannique.
Le chanteur américain Prince va donner 21 concerts à partir du 1er août à Londres, seule ville européenne où il se produira cette année, a-t-il déclaré mardi lors d'une conférence de presse dans la capitale britannique. — Carl de Souza AFP

La chanteuse britannique Santogold a fait savoir jeudi qu’elle troquait un «o» contre un «i» pour se rebaptiser Santigold, sans donner d’autres explications. Il faut dire que la chanteuse se prénomme Santi... Sa décision n’a rien de choquant ou d’étonnant, les stars nous ont habitués à changer de nom comme de chemise, pour toutes sortes de raisons. Un symptôme qui semble frapper tout particulièrement les chanteurs…
 
L’alter ego artistique
 
Pour son dernier album, la chanteuse Beyoncé s’est présentée comme «Sasha Fierce». Une facette «plus amusante, plus sensuelle, plus agressive, plus extravertie, plus glamour» explique-t-elle sur son site officiel. Selon elle, ce double l’aide à «sortir d'elle-même». Cette seconde personnalité est celle qui «prend le dessus», lorsqu'elle «monte sur scène», un alter ego qui la «protège, elle et ce qu'elle est vraiment», ajoute-t-elle. «Sasha Fierce» apparaît ainsi dans le clip «Single ladies», toute crinière dehors (à voir en cliquant ici). En plus de protéger la véritable personnalité d’un artiste, cette nouvelle identité permet également une plus grande prise de risque. Comme lorsque le rappeur Eminem se mue en Slim Shady pour se moquer du monde entier ou redevient Marshall Mathers pour évoquer sa vie.

En France, Serge Gainsbourg et Renaud se sont également inventés des personnages, de débauche ceux-là: Gainsbarre et Mister Renard. Une façon d’exorciser ses vieux démons.
 

 
Un symptôme de mégalomanie
 
L’artiste qui incarne le mieux ces changements de cap, et donc de nom, est le chanteur et guitariste Prince. Né Prince Rogers Nelson, il se fait connaître sous le nom d'artiste «Prince». Une brouille avec sa maison de disque plus tard, la Warner, et il se défait de ce nom et signe ses compositions d’un symbole imprononçable, communément appelé «love symbol». Au lieu d’asseoir son  nouveau statut d’artiste, cette nouvelle identité est la risée des médias et du public qui le rebaptisent de l'acronyme TAFKAP (pour The artist formerly known as Prince) ou du pseudonyme «love symbol», du nom de son nouveau gri gri. Il lui faudra attendre 2000 et la fin de son contrat avec Warner-Chapel, avec laquelle il est en procès depuis 1993, pour récupérer l’usage du nom de Prince.
 
En parallèle, l’artiste prolifique a signé de nombreux pseudonymes ses compositions pour d’autres ou pour incarner des personnages de ses chansons. Il a ainsi endossé les noms Joey Coco, Paisley Park , Azifwekare, Camille ou encore Gemini. Comme si une seule personnalité n’était pas suffisante pour exprimer sa richesse créative.
 
Une preuve de «maturité»
 
Depuis qu’il s’est lancé dans le hip-hop, Sean John Combs a imposé pas moins de quatre appellations différentes: Puffy, Puff Daddy puis P. Diddy et Diddy. Le rappeur et homme d’affaire, qui cumule également les casquettes de producteur et de styliste, a finalement décidé d’en rester à Sean John. Une façon de souligner son évolution personnelle et artistique. «J’ai toujours évolué et pris un nom différent à chaque fois. Aujourd’hui, je veux être Sean John parce que c’est ainsi que je me sens actuellement.» En renouant avec son prénom originel, le chanteur aurait donc accédé à une certaine «maturité». Il faut dire que tout le monde s'emmêlait un peu les pinceaux, à commencer par Ben Stiller, dans le clip «Bad boy for life».


 
Le coup marketing
 
Fin janvier, le rappeur (encore un) Kanye West apparaît dans une vidéo virale dans laquelle il demande à se faire appeler «Martin Louis the King Jr». Un choix tout en sobriété. Mais on flaire rapidement le coup marketing: le chanteur est alors en pleine tournée promotionnelle pour lancer les modèles de chaussures qu’il a dessiné pour la marque de luxe Louis Vuitton. Dans la vidéo, il est justement entouré de ses créations. Changer de nom, ça sert aussi et surtout à créer un buzz et un regain d’intérêt. L’artiste n’en a pourtant pas besoin.
 

A message from kwest on Vimeo.
 
La contrefaçon
 
Il est une catégorie particulière qui est celle de la dissimulation. Changer de nom permet alors de protéger son identité privée. Une pratique, très répandue dans l’industrie du porno, qui peut avoir de fâcheuses conséquences. Ainsi l’actrice Katsumi a été condamnée à changer de nom de scène car la vraie Mme Katsumi, souffrant de cette homonymie, avait porté plainte. L’actrice a également dû verser à la plaignante 20.000 euros.