Le couturier Yves Saint-Laurent est décédé

DISPARITION Il s'est éteint dimanche soir à l'âge de 71 ans...

Avec agence

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Yves Saint-Laurent et la mannequin Lucie de la Falaise lors du défilé haute-couture automne-hiver de 1998-99.
Yves Saint-Laurent et la mannequin Lucie de la Falaise lors du défilé haute-couture automne-hiver de 1998-99. — Reuters

Yves Saint Laurent est décédé dimanche soir à l'âge de 71 ans, a annoncé la Fondation Bergé-Saint-Laurent. Cofondateur de la griffe qu'il a dirigée pendant 40 ans, Pierre Bergé a indiqué sur RTL ce lundi que le couturier, qui avait «une tumeur au cerveau», était «malade depuis un an».

Il restera l'un des couturiers majeurs du XXe siècle pour avoir «donné le pouvoir» aux femmes en imposant une nouvelle garde-robe, où l'ultra-féminin se mêle au masculin, la haute couture au tailleur-pantalon.

Tailleur-pantalon, caban, saharienne ou smoking

Chanel «a libéré les femmes. Ce qui m'a permis des années plus tard de leur donner le pouvoir», aimait à dire le «prince de la mode» qui a voulu également «les accompagner dans ce grand mouvement de libération que connut le siècle dernier».

Yves Saint Laurent, qui a créé sa maison de haute couture au tout début des années 60, a ainsi rajeuni les codes de la couture et créé son style, basé sur la nécessité d'adapter le vestiaire des femmes à leur époque: tailleur-pantalon, caban, saharienne ou smoking, une de ses pièces fétiches.

Né le 1er août 1936 à Oran (Algérie), Yves-Mathieu Saint-Laurent arrive à Paris à l'âge de 17 ans, ses croquis sous le bras. Un an plus tard, il devient l'assistant de Christian Dior, le couturier le plus célèbre du moment, et simplifie son nom en Yves Saint Laurent. Le décès brutal du maître en octobre 1957 le propulse directeur artistique.

Réformé pour raisons de santé

Dès son premier défilé, le 30 janvier 1958, les clientes et la presse s'enflamment pour le jeune couturier, myope et timide qui se cache derrière de grandes lunettes, et pour ses créations. Sa ligne «Trapèze», en rupture avec les tailles de guêpe de l'époque, fait un triomphe.

En 1960, Yves Saint Laurent est appelé sous les drapeaux mais réformé pour raisons de santé. Il fait une dépression nerveuse. Entre-temps, la maison de l'avenue Montaigne l'a remplacé par un autre créateur, Marc Bohan.

Saint Laurent ouvre alors sa propre maison en 1961, au 30bis, rue Spontini à l'orée du Bois de Boulogne puis au 5, avenue Marceau, avec l'aide de Pierre Bergé, qui va jouer un rôle essentiel dans sa vie, privée et professionnelle: au premier la création, au second la gestion.

Maître du jeu des couleurs

La griffe sera rachetée une première fois en 1993 par Elf-Sanofi, puis en 1999 par le groupe Gucci (filiale de PPR). Seule la haute couture dessinée par Yves Saint Laurent restait au 5 avenue Marceau avant l'arrêt de l'activité en 2002.

Champion du dépouillement des lignes, le couturier pour qui le noir est «refuge», deviendra aussi un maître du jeu des couleurs. Féru de peinture et grand collectionneur, il a souvent parlé de sa passion en transposant des tableaux en modèles de robes ou de vestes: Mondrian (1965), Picasso (1979), Matisse (1981) ou Van Gogh (1988). Les voyages seront une autre de ses inspirations (Afrique en 1967, Russie en 1976, etc..)

En 1971, c'est le «scandale» avec sa collection «40», en référence aux années noires de la guerre qui ne passe pas auprès d'une des plus grandes chroniqueuses américaines. La même année, Saint Laurent pose nu sur les publicités pour le lancement de son parfum «Homme». Six ans plus tard, il lance «Opium», autre scandale, autre triomphe.

«La peur et la terrible solitude»

Parallèlement, ce passionné d'opéra et de théâtre, dessine des décors et des costumes pour des pièces ou des spectacles signés Edmond Rostand, Marguerite Duras, Jean Cocteau ou Roland Petit.

«Yves a magistralement écrit une des plus belles pages du génie français. Cela devrait le rendre heureux. Mais le croire serait ignorer que la création célèbre toujours les noces du talent et de la souffrance», écrivait Pierre Bergé en 1996.

Lors de ses adieux en 2002, Yves Saint Laurent avait avoué avoir connu dans sa vie «la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de la dépression et celle des maisons de santé».
Obsèques Elles auront lieu jeudi à l'église Saint-Roch à Paris, à partir de 15h30.