Sylvie Tellier se confie sur son image: «Après le départ de Geneviève, il fallait que quelqu’un prenne, c’était moi»

INTERVIEW Arrivée à la tête de l'organisation Miss France il y a huit ans dans un contexte tendu, Sylvie Tellier a depuis trouvé sa place dans le cœur des Français…

Propos recueillis par Claire Barrois

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Sylvie Tellier, la directrice générale de la société miss France.
Sylvie Tellier, la directrice générale de la société miss France. — Benjamin Decoin / Sipa
  • En 2010, Sylvie Tellier devenait directrice générale de l'organisation Miss France et remplaçait Geneviève de Fontenay, la créatrice du concours.
  • Perçue comme responsable du départ de la dame au chapeau, Sylvie Tellier a eu du mal à se faire apprécier des Français.
  • Huit ans plus tard, la « grande sœur » des miss a trouvé sa place, notamment grâce à sa participation à Danse avec les Stars.

S’il y a bien quelqu’un qu’on a adoré détester, c’est elle. En 2010, Sylvie Tellier remplaçait l’indéboulonnable Geneviève de Fontenay à la tête de l'organisation Miss France. Visage d’Endemol qui évinçait la créatrice du concours, la jeune femme s’attirait les foudres des fans. Huit ans et un passage par Danse avec les stars plus tard, miss France 2002, qualifiée de « mal nécessaire » par la dame au chapeau qui lui trouvait un fichu caractère, est bien dans ses baskets.

Vous avez eu des débuts difficiles dans l'organisationMiss France, à quoi est-ce dû à votre avis ?

Je ne sais pas si ce sont des débuts difficiles. Mon image est liée au rôle que j’occupe. C’est une image de rigueur, de coordination, de direction, qui n’est donc pas légère ou people.

On vous a quand même longtemps prise pour quelqu’un de très froid, voire de calculateur…

Quand Geneviève de Fontenay a quitté la société, il y a eu un amalgame sur le fait que je lui avais pris sa place alors que j’étais là depuis cinq ans. Son départ était plutôt le fruit de sa mésentente avec Endemol. Je m’entendais bien avec elle. Elle faisait la communication, des petits buzz en parlant de politique quand il ne fallait pas, etc. Et moi, je gérais l’aspect financier, la stratégie.

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Et puis c’est une image que j’ai un peu provoquée, je le savais au moment de ma prise de poste. Je fais un métier pas toujours facile. Depuis huit ans, ça s’est adouci. Les gens ont compris que ça n’était pas ma société et que je n’avais pas récolté les fruits du départ de Geneviève.

Ne pensez-vous pas avoir fait des erreurs de communication au départ ?

Quand je suis arrivée dans l’entreprise en 2005, j’avais un parcours juridique derrière moi. J’étais structurée, carrée, et la coordination était en phase avec mes études. Lorsque j’ai remplacé Geneviève, j’ai géré comme j’ai pu avec l’équipe et les moyens qu’on me donnait à l’époque. Et je n’ai pas été aidée avec Valérie Bègue qui avait posé nue sur un rocher à lécher du lait concentré ou sur une croix, Kelly Bochenko qui faisait La ferme célébrités… J’ai connu une longue traversée du désert durant laquelle je me demandais quelle miss allait se déshabiller en couverture d’Entrevue.

Regrettez-vous certaines prises de position ?

Aujourd’hui, quand je me retourne, je ne ferais pas les choses autrement. J’avais un bon bureau de presse, qui a parfois fait des nuits blanches, et on s’en est sortis. Et puis, pour le départ de Geneviève, il fallait que quelqu’un prenne, c’était moi. Ça n’est pas du tout dans mon caractère de me planquer derrière quelqu’un. J’aurais pu le faire, mais ça m’allait très bien de prendre moi-même.

Le départ de Geneviève de Fontenay a-t-il été difficile ?

Quand elle est partie, les journalistes me disaient : « Dans six mois, ton concours est mort. » Je savais que non, que j’avais Miss France, des jeunes femmes qui représentent la jeune génération. Quand je vois Marine Lorphelin ou Laury Thilleman, j’aimerais bien que ma fille suive leurs pas. En vrai, il n’y a pas d’autre émission comme ça, une émission sur laquelle on bosse une année entière pour un seul prime.

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Dans l’esprit collectif, le départ de Geneviève était synonyme de modernité, même si je suis fontenayisée. Ça n’était donc pas une mauvaise chose. Et je la vois toujours régulièrement, nous ne sommes pas fâchées.

On a l’impression que Danse avec les Stars a fait beaucoup de bien à votre image. Jusque-là on vous voyait uniquement comme la « chef » des miss…

Justement, c’était la première émission où je n’étais pas la « chef » des miss. D’ailleurs, je déteste cette expression. Elle donne un côté dur. En réalité, je suis la première à dépanner les miss quand elles ont besoin d’un lave-linge ou à les pousser dans la piscine pour rigoler pendant le voyage de préparation. J’essaie d’être plutôt la grande sœur, de faire ce que ma sœur a fait pour moi.

Danse avec les Stars a montré que je n’étais qu’une jeune femme de 38 ans, maman, chef d’entreprise, « normale », même si je n’aime plus trop cette expression depuis qu’elle a été utilisée par un ancien président.

L’auriez-vous fait quelques années auparavant ?

On me l’avait déjà proposé et j’avais dit non parce que je n’avais pas le temps. J’ai accepté l’année dernière parce que la soirée Miss France était décalée plus tard dans le mois de décembre. Je n’avais jamais imaginé que c’était possible, mais en fait c’était une bulle d’oxygène.

Vous vous êtes quand même beaucoup dévoilée alors que vous ne le faisiez pas avant…

Je ne suis pas très pudique. Mon rôle chez Miss France n’est pas très drôle, mais je parle assez facilement de ma vie privée parce que j’estime que ça fait partie du job depuis que j’ai été élue Miss France. Là, ça n’était pas vulgaire, je ne voyais pas le problème. C’était drôle, je jouais le rôle à fond. J’aime jouer des personnages. Je me mettais dans la peau d’une danseuse (et ça n’est pas facile), ils m’ont peint le visage en fluo…

Votre élimination avait scandalisé une partie des téléspectateurs.

Je suis partie assez vite, mais en même temps à un bon moment, sur ma danse préférée. Je l’ai vécu comme un jeu. Je trouvais ça bien de montrer que parfois on gagne, comme c’était mon cas à Miss France, parfois on perd, comme à Danse avec les Stars. Je n’étais pas jugée que sur la danse. La notoriété, la popularité et l’empathie jouaient aussi. Comme me l’a dit Julien Lepers, je ne pouvais pas « lutter contre 25 ans de télé ». Il avait raison. J’aurais tout de même bien aimé danser la valse ou le contempo, mais c’est pas grave.

Je n’ai jamais crié au scandale, j’ai compris. En revanche, je n’ai pas apprécié qu’on dise que c’était truqué pour que je sorte à temps pour Miss France. C’était dur parce que je ne suis pas une menteuse. Mais c’était vraiment une super expérience, j’ai adoré ça. Christophe Licata est devenu un réel ami. Pour ma danse de mariage, il a appris une chorégraphie générale à tous mes invités, c’était incroyable !

Mais ça a été positif pour votre image, non ?

Cette émission a créé de l’empathie. C’était super-violent en fait. Le 5 novembre, jour du prime, c’était ma fête. Au début, on était en tête du tableau, et après ça a été la dégringolade. J’avais déjà appris la choré suivante, Bollywood, à 95 %.

Le dimanche, mes voisins m’ont apporté un bouquet et j’ai éclaté en sanglots. Mon fils me disait d’arrêter de pleurer. Quand j’ai donné mon interview sur Europe 1, j’ai fondu en larmes parce que j’étais vraiment déçue. Aujourd’hui encore, les gens me parlent d’abord de l'« injustice » de mon élimination quand je les croise plutôt que de Miss France.

On a l’impression que ça vous a permis d’avoir une image détendue, comme sur Instagram, où vous êtes assez naturelle…

Il faut être honnête, je vais avoir 40 ans… Je ne peux pas me permettre de me passer de maquillage ET de filtre, mais je me suis prise au jeu des photos. Geneviève, qui a fait un peu de chirurgie esthétique et ne s’en est jamais cachée, m’avait expliqué qu’on avait une responsabilité d’élégance : d’être maquillée, coiffée, jolie… Donc je ne me montrerai jamais avec du maquillage qui a coulé, pas à mon avantage…

C’est plus lifestyle que Twitter, j’aime beaucoup photographier mon quotidien. J’ai beaucoup de mamans qui me suivent, des femmes actives. Je suis une ambassadrice des femmes actives qui s’assument. Je réponds aux messages comme je peux, comme quand je suis en région et que je vois les gens.