VIDEO. Héritage de Johnny Hallyday: L'affaire du testament réveille les clichés misogynes

MEDIAS Depuis que Laura Smet a annoncé lundi qu’elle allait contester en justice le testament de son père, Laeticia Hallyday et la fille du chanteur sont jugées par une partie de l’opinion publique et des médias…

Fabien Randanne

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Laeticia Hallyday en 2016.
Laeticia Hallyday en 2016. — VALERIE MACON / AFP

« Laeticia la profiteuse », « Je voulais acheter l’album [potsthume] de Johnny mais je ne le ferai pas car je ne veux pas mettre mes sous dans la bourse d’une veuve noire », « A l’enterrement on a bien vu Laëtitia [sic] attirer la gamine vers la vitre de la voiture dès que les caméras de télévision sont apparues. Tout était calculé »… Il suffit d’aller faire un tour dans les commentaires des articles de 20 Minutes sur l’héritage de Johnny Hallyday pour trouver ces avis définitifs de commentateurs anonymes au sujet de sa dernière épouse.

 

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Sur les sites de nos confrères et les réseaux sociaux, c’est la même chose. Des internautes malveillants sont même allés jusqu’à modifier la page Wikipédia de Laeticia Hallyday pour la qualifier de « femme vénale ». Pourtant, à ce jour, rien ne permet d’affirmer que Laeticia Hallyday a joué un quelconque rôle dans la décision du rockeur de déshériter – comme la loi américaine le lui a permis – ses deux aînés, Laura et David.

« Johnny Hallyday est déculpabilisé »

« L’auteur du testament, Johnny Hallyday, est déculpabilisé aux yeux d’une partie de l’opinion qui se dit qu’il n’a pas pu faire ça. Alors, on va charger la femme, parce que le mouvement premier, dès que l’une d’entre elles détient le pouvoir ou fait l’actualité, c’est de se demander ce qu’elle a à se reprocher », déplore Sylvie Debras, docteure en sciences de l’Information, spécialiste de l’analyse de la place et de l’image des femmes dans les médias.

 

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Ce qui s’annonce comme un feuilleton judiciaro-people sur fond de déchirement familial, est abondamment relayé dans la presse, quitte à donner un écho à des jugements purement subjectifs. « Les médias transportent et aggravent les stéréotypes alors qu’ils devraient y remédier », estime Sylvie Debras. Or, interviewé par L’Express, Bernard Violet, le biographe du chanteur avance que « Si [Laeticia Hallyday] persiste, elle va donner l’image d’une veuve abusive, qui a orchestré une captation d’héritage et réalisé le hold-up du siècle. » Sur Cnews, le magistrat Philippe Bilger parle d’une « emprise » exercée sur le rockeur par son épouse. Les Grandes Gueules de RMC y sont quant à elles allées de leur débat sur la question « Laeticia Hallyday est-elle impliquée dans la succession de Johnny Hallyday ? »

Ce mercredi, Le Parisien affiche en Une une photo de Laeticia Hallyday tout de noir vêtue, le regard caché derrière des lunettes de soleil, surmontée du titre : « Comment elle a pris le pouvoir. » Le quotidien annonce le portrait « d’une femme-enfant devenue maîtresse femme ». En pages intérieures, Laura Smet est présentée comme « la rivale »…

« Le cliché des femmes qui se crêpent le chignon »

« L’idée de rivalité est historiquement utilisée quand les dominants cherchent à diviser les dominés. Le cliché des femmes qui se crêpent le chignon et ne s’entendent pas est très largement exploité par la caricature. Elle n’a pas droit au même traitement que David Hallyday. L’article qui lui est consacré est titré "David, sur la touche" », note Aude Lorriaux, porte-parole de Prenons la Une, le collectif réunissant des femmes journalistes militant pour une juste représentation des femmes dans les médias.

« C’est l’imaginaire de la marâtre qui est convoqué, le trait est appuyé, on caricature, car c’est bien de trouver des coupables, regrette-t-elle. Cela me fait penser à l’affaire Amber Heard qui avait porté plainte contre Johnny Depp en l’accusant de violences conjugales. Comme il s’agit d’un acteur apprécié, plein de gens ont dit qu’elle faisait ça pour l’argent. »

« Les fans préfèrent salir cette femme plutôt que lui »

A ce sujet, le psychanalyste Pascal Anger, affirmait à l’époque à 20 Minutes : « Il est certain que les fans préfèrent salir cette femme plutôt que lui, d’autant plus que ce n’est jamais très bien vu pour une jeune fille d’être avec un homme plus âgé. On se demande pourquoi elle est avec lui : pour son argent, parce que c’est une icône, n’a-t-elle pas trouvé le moyen de le faire chanter ou de salir son image ? » Des mots que l’on pourrait presque reprendre mot pour mot afin d’évoquer ce qui se joue aux yeux d’une partie des médias et de l’opinion publique dans l’histoire de l’héritage de Johnny Hallyday.

Laura Smet n’est pas épargnée non plus par le persiflage. Si bien que David Hallyday a fini par prendre sa défense en répondant à une internaute qui avait posté un commentaire malveillant à sa sœur sur Instagram. « Chère madame, je ne peux laisser passer de tels propos haineux, infondés que ce soit sur la page de ma sœur ou la mienne ! Vous ne connaissez rien de tout ça et ça ne vous regarde pas ! »

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La bataille juridique - et médiatique - pouvant durer de cinq à dix ans, les commentaires ne risquent pas de tarir.