«L'émotion des Français pour Grégory ne me surprend pas»

Propos reccueillis par AA

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La disparition de Grégory Lemarchal, le jeune chanteur sacré par l’émission «Star Academy 4», décédé à 24 ans de la mucoviscidose, bouleverse des milliers de Français. Son professeur, Matthieu Gonet, est aussi sous le coup de l’émotion. Il nous raconte son histoire d’amitié avec le jeune garçon.

Quelle a été votre première rencontre avec Grégory?

C’était à la répétition du premier «prime time» de la «Star Academy 4». On m’avait dit que l’un des candidats avait des soucis de santé, mais je ne savais pas qui. Difficile de se douter qu’il s’agissait de Grégory, même une fois que je l’avais vu et entendu chanter.

En dehors de la «Star Academy», aviez-vous continué à le voir?
Oui, il figurait parmi mes amis, pas parmi mes copains. Des amis, cela se compte sur les doigts d’une main, et là, j’ai l’impression que l’on m’a coupé un doigt. Avec Grégory, on a passé des nuits à refaire le monde. Depuis la «Star Academy», on se voyait et on se téléphonait. Mais ces temps-ci, j’ai été tellement surbooké que, le soir, il m’arrivait de couper mon téléphone pour souffler cinq minutes. Je regrette, je n’ai pas été assez là pour lui ces dernières semaines. Aujourd’hui, en plus de la douleur causée par sa mort, je ressens une énorme culpabilité.

A quoi tenait votre amitié?
A notre conception de la vie. Pour lui comme pour moi, la scène, c’est sacré: on ne rigole pas et on travaille à fond. Mais en dehors, c’est la déconnade. Quand on était en tournée, on installait dans les couloirs des hôtels où on logeait deux haut-parleurs reliés à mon ordinateur portable et on s’amusait à diffuser des drôles de sons et de musiques qui surprenaient les clients. On se chamaillait tout le temps. Un soir, il s’est faufilé dans ma chambre et a tout mis sens dessus dessous. En découvrant le bazar en entrant dans ma chambre, j’ai foncé dans la sienne et ai tout retourné à mon tour. Une vraie bataille de polochons, comme si l’on avait quatre ans.

Vous étiez hier aux obsèques de Grégory. Près de 5.000 personnes s’étaient réunies autour de la cathédrale de Chambéry. Etes-vous étonné par l’ampleur de l’émotion suscitée?
L’émotion des Français ne me surprend pas. Car quand Grégory était sur scène, personne n’a jamais vu un malade mais un garçon plein de vie, une vraie pousse pleine de talent.
D’ailleurs, il y a quelques années déjà, le public ne s’y était pas trompé. La semaine avant la finale «Star Academy» qu’il a ensuite gagnée, je l’avais accompagné à Chambéry pour rencontrer sa famille. Au moment de prendre le train du retour, on était bloqué par la foule qui le saluait à la gare. Impossible de passer, on avait dû faire appel aux services de la SNCF pour accéder au train.
C’était un chouette type qui chantait super bien et qui ne s’est jamais laissé abattre. Le public l’avait compris.