Le mari de Lolo Ferrari blanchi

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Après sept ans de procédure, la justice vient d'innocenter Eric Vigne, soupçonné du meurtre de sa femme, l'actrice de charme Lolo Ferrari, vraisemblablement décédée d'une surdose de médicaments en mars 2000.

Signée vendredi par la juge d'instruction de Grasse Anne Vella, l'ordonnance de non-lieu conclut à «l'absence de charge quelconque permettant d'imputer à Eric Vigne l'administration massive de médicaments à son épouse, à l'insu de celle-ci, ou encore des manoeuvres d'étouffement».

La juge ajoute: «L'hypothèse d'un acte suicidaire de la part d'une femme affaiblie et dépressive qui avait déjà tenté à plusieurs reprises de mettre fin à ses jours reste la plus vraisemblable.» La charge de non-assitance à personne en danger est également écartée.

«La grandeur de la justice, c'est de savoir reconnaître ses erreurs», a réagi Me Gilles-Jean Portejoie, l'un des avocats d'Eric Vigne, interrogé par l'AFP. M. Vigne, 59 ans, s'est déclaré «soulagé», prêt à «tourner la page». L'ordonnance de non-lieu clôt un dossier aux rebondisements multiples depuis la mort, à 37 ans, de Lolo Ferrari, née Eve Valois, célèbre pour ces 130cm de tour de poitrine obtenus au terme d'une vingtaine d'opérations de chirurgie esthétique.

Le 5 mars 2000, en début d'après-midi, les services de police avaient été alertés par Eric Vigne, mari et imprésario de l'actrice, qui avait découvert sa femme morte dans le lit conjugal de leur maison près de Grasse (Alpes-Maritimes). Une autopsie pratiquée le lendemain avait privilégié l'hypothèse d'un décès par surdose médicamenteuse. Une information judiciaire pour «non-assistance à personne en danger» avait été ouverte par le parquet de Grasse, sans entraîner de mise en examen.

Le soupçon ne s'était porté sur Eric Vigne que début 2002, après une nouvelle série de conclusions d'un collège d'experts nationaux sur les causes de la mort de Lolo Ferrari: «rien ne (permet) d'éliminer une cause mécanique par suffocation ayant précipité la mort», avançait le nouveau rapport.

Soupçonné d'avoir étouffé sa femme, Eric Vigne avait été mis en examen pour homicide volontaire et écroué en février 2002. Il avait été remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire en mars 2003. Outre les analyses médicales, plusieurs déclarations contradictoires de M. Vigne, dont certaines se sont avérées mensongères, avaient renforcé les charges à son encontre. La couverture médiatique de la mort de Lolo Ferrari, qu'il avait négociée et monayée dans les heures suivant son décès, n'avait pas non plus joué en sa faveur.

L'ultime tournant de l'instruction est intervenu avec le dépôt, en juin 2006, d'une nouvelle analyse médicale écartant la thèse d'une mort «par asphyxie de type mécanique», étayée par l'absence de traces de violences sur le corps de Lolo Ferrari.

«Cette affaire est symbolique du fonctionnement de notre justice à la fois angoissante, car on peut mettre un innocent en prison durant treize mois, et réconfortante car la justice finit toujours par se ressaisir», a encore déclaré Me Portejoie qui entend demander des dommages et intérêts pour son client.

Eric Vigne, qui vit chez son frère en région parisienne, s'est désolé qu'«il ait fallu sept ans pour en revenir à ce qu'(il) affirme depuis le départ». «J'aime ma femme, je l'aimerai toujours, on l'a occulté», affirme celui qui se dit «brisé» par la procédure judiciaire.