VIDÉO. Clara Morgane: «Je suis une féministe pure et dure»

INTERVIEW Pour de la sortie de son calendrier 2014, Clara Morgane a reçu «20 Minutes» dans son studio photo. L'occasion de revenir sur ce qui a guidé ses choix pour cette nouvelle édition...

Julien Ménielle
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Photo tirée du calendrier Clara Morgane 2014.
Photo tirée du calendrier Clara Morgane 2014. — CLARA MORGANE / HUGO IMAGE

Déjà le treizième calendrier. Quelle est la thématique cette année?

Cette année, j’ai joué sur la dualité: deux positions pratiquement identiques, sur l’une je joue avec des matières comme la dentelle et la couleur blanche pour évoquer la spiritualité, la virginité, la pureté... puis la même position avec un stylisme plus noir, plus Pigalle, pour évoquer davantage la provocation.

Quelles sont les règles que vous vous fixez concernant l’image que vous renvoyez?

J’essaie de renvoyer une image qui me plairait à moi-même. Je regarde le travail de beaucoup de photographes, mes goûts sont divers et variés puisque j’aime aussi bien Helmut Newton que Terry Richardson. J’essaie de rester sur cette ligne qui est l’artistique, la beauté, l’élégance. Pour moi, il n’y a rien de plus beau que le corps d’une femme, j’adore appeler ça du body art. J’aime aussi être la directrice artistique pour photographier d’autres femmes ou même des hommes, et la grande ligne c’est d’échapper à la vulgarité. On est sur un fil qui est parfois très fin, mais le corps nu n’est pas forcément quelque chose de vulgaire, tout mon métier est d’éviter ça.

Parmi les textes qui illustrent vos photos, il y a une citation d’Amina Tyler (féministe tunisienne qui a fait de la prison pour avoir posé nue), pourquoi ce choix?

Je suis le mouvement Femen depuis le début et j’ai évidemment suivi l’affaire Amina Tyler. Ce sont des femmes qui se battent contre des géants, avec comme seules armes leur corps et leurs idées. Je ne peux pas les soutenir à la hauteur de ce que je voudrais faire, mais quand on a fait cette photo avec la couronne rouge qui m’a fait énormément penser aux Femen, j’ai eu envie de leur rendre hommage car elles ont un courage hors norme. Je sais qu’Amina Tyler est libre désormais, et je voulais redire pourquoi elle avait été mise en prison: à cause de cette simple phrase inscrite sur son buste nu, «Mon corps m’appartient, il n’est l’honneur de personne». Je le pense clairement, et je le revendique.

D’autres citations sont nettement moins féministes. C’est encore pour jouer sur la dualité?

Bien sûr. En plus, je ne suis pas forcément d’accord avec toutes ces citations, mais parfois j’ai trouvé qu’elles étaient amusantes, qu’elles collaient à la photo et surtout à l’humanité. Je suis une féministe pure et dure, je trouve qu’on a le droit de faire ce qu’on veut avec son corps, que notre corps et notre esprit nous appartiennent. Je le revendique tous les jours, sur papier glacé, à la télé et sur des galettes de disques. Il y a des phrases qui ne sont pas super féministes dans le calendrier, c’est clair, mais qui m’évoquent quelque chose à un moment précis. On n’est pas qu’une seule personne avec une seule idée, parfois des idées un peu différentes peuvent nous séduire.

Vous avez déjà pensé à inviter des guests?

J’y ai pensé mais c’est un peu compliqué. On me dit souvent: «Tu n’as pas peur de ne plus avoir d’idées, tu n’en as pas moins d’année en année?» Et je me rends compte que non, que j’ai de plus en plus envie de m’exprimer, de m’exhiber parfois, et les idées viennent au fur et à mesure. Peut-être qu’une année où je n’aurai pas d’idée, je ferai venir un guest mais pour l’instant, ce n’est pas prévu au programme.

Quand est-ce que vous saurez qu’il faut que vous arrêtiez votre calendrier?

Je pense qu’il y a un moment où ça ne m’amusera plus, où les idées se feront moins présentes. J’arrêterai tout naturellement. Pour l’instant, c’est ma récréation et ma création de l’année.