Plus de trente ans à l'affiche

©2006 20 minutes

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En marge du scénario d'un film, son affiche vit sa propre histoire. Moins connue, mais pas toujours moins culte. Du moins depuis quelques années. Car auparavant, personne ne s'intéressait à ces outils de communication qui finissaient au fond des poubelles, dédaignés par les amateurs de toiles. Jusqu'à ce qu'un homme décide d'en faire commerce, de leur faire vivre leur propre vie et lance un marché. Jusqu'à ce que le vulgaire poster promotionnel devienne une quasi-oeuvre d'art.

Jean-Louis Capitaine n'est pas peu fier de lui. Quand il commence à se raconter dans sa magnifique boutique de la rue de Babylone (7e), entre une affiche de Bullit et une autre du Passe-muraille, on sent bien vite toute l'estime qu'il se porte. « J'ai réussi à introduire l'affiche dans les salons bourgeois. J'en ai fait une oeuvre à part entière. » Qui peut se vendre à présent jusqu'à 795 000 $, record à New York pour l'affiche allemande de Metropolis datant des années 1940.

Au début des années 1970, le futur expert auprès des commissaires-priseurs n'est pourtant qu'un doctorant en économie qui se cherche, travaille dans la boîte de production de Louis Malle près du cinéma la Pagode (7e), en face duquel il s'installe et tente sa chance. « Au début, je vendais pour dix francs des photos de Redford à des minettes du lycée Victor-Duruy, qui se trouve à deux pas. » Si Jean-Louis Capitaine n'aime pas particulièrement le cinéma – « je n'y vais quasiment jamais » –, il se « passionne » pour sa représentation artistique, et flaire la bonne affaire. Il fait les poubelles devant les salles, découvre des doubles plafonds qui renferment des trésors dans des salles miteuses, transporte des kilos de papier dans la grosse voiture américaine de son père, et monte ses propres circuits.

Aujourd'hui, il stocke 8 000 affiches, françaises ou étrangères, de tous formats, courant de 1896 à nos jours, à partir de 30 e. Il compte parmi ses clients Martin Scorsese, Spike Lee, Dominique de Villepin ou Andre Agassi. Chez lui, on ne vient pas acheter les banales affiches d'Al Pacino armé que tous les adolescents accrochent dans leur chambre, mais bien celles du Scarface originel. Il dit : « Je ne suis pas un simple commerçant. Je suis le parrain de ce milieu. »

Michaël Hajdenberg

Ciné-Images, 68, rue de Babylone, Paris 7e.