Le rouvreur de salles

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C'est l'un des rares à pouvoir citer la liste de tous les écrans parisiens rayés de la carte ces dernières décennies. Sur le plus récent, le Gaumont Grand Ecran Italie (13e), fleuron de technologie, Jean-Mathieu Thibert, président-fondateur de Sur les Toiles de Paris, une association de mémoire et de sauvegarde des salles parisiennes, est intarissable. «Le maire de l'arrondissement a signé l'arrêt de mort de la salle en autorisant H&M et Habitat à s'installer, s'insurge-t-il. Une affaire de gros sous. »

Il y eut le Kinopanorama, en 1996 : « Encore une salle fermée par la société Europalaces et qui aurait pu marcher si la programmation avait été différente. » A la tête de son association, Jean-Mathieu Thibert est de tous les combats depuis une quinzaine d'années. A son actif, quelques cinés sauvés de la noyade. Le Studio 28 (18e) : « Un bijou. La salle est décorée par Jean Cocteau, vous rentrez là-dedans et vous êtes dans La Belle et la Bête. Buñuel et Charlot adoraient y venir. » La Pagode (7e), dont l'originalité asiatique a été préservée par un exploitant indépendant. Le Louxor, à Barbès : « Je suis le premier à avoir proposé un droit de préemption à la Mairie, finalement le quartier s'est mobilisé et la sauvegarde est en cours. » Le Rodin, aux Gobelins (13e), est certes condamné, mais il doit devenir un musée Pathé.

L'association Sur les Toiles de Paris fut fondée car Jean-Mathieu Thibert en avait « marre de voir les salles disparaître les unes après les autres ». Elle se fait entendre « en fonction de l'actualité et de l'emploi du temps » de son animateur, qui travaille aussi dans la réalisation. Il aurait aimé créer une carte de fidélité dans le réseau des salles d'art et d'essai. Mais UGC et Gaumont l'ont écrasé avec leur carte illimitée. Récemment, son énergie a dû se recentrer sur la lutte contre Europalaces (alliance de Pathé et Gaumont), qui « cherche à rayer de la carte tout ce qui n'est pas multiplexe ». Paris a beau être « la ville au monde où il y a le plus grand nombre de cinémas au mètre carré», il y aurait du souci à se faire. « Toutes les salles vraiment indépendantes risquent de fermer lorsque leurs patrons partiront à la retraite », prédit-il.

Sophie Caillat