La presse perd son lieu de mémoire

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Beaucoup s'inquiètent pour l'avenir de la presse. Mais son passé est aussi menacé. Faute de moyens financiers, la plus grande boutique d'archives de la capitale, la Galcante, va fermer ses portes la semaine prochaine. Le lieu, rue de l'Arbre-Sec (1er), est pourtant unique. Sur 800 m2, on y trouve de tout : des unes historiques comme des titres oubliés. A travers les rayons et la cave, le visiteur se faufile dans un labyrinthe jonché d'exemplaires du Franc-tireur, de Gringoire, du Crapouillot, de Maison Française, Charlie Hebdo, La Voix du Nord, Gavroche et tant d'autres. Le travail d'un collectionneur exceptionnel, Christian Bailly, fou de presse au point de rendre dingue sa femme.

En 1975, leur maison définitivement envahie par des archives, il décide d'ouvrir une boutique. Aux Etats-Unis, des magasins font déjà fortune en proposant des exemplaires du jour de naissance. Non seulement le concept est importé avec succès à la Galcante, mais on s'y arrache aussi les unes célèbres, le « J'accuse » de Zola, Armstrong marchant sur la lune, ou encore la mort de De Gaulle. D'autres curieux viennent simplement flâner, à l'image d'un célèbre Prix Goncourt qui puise dans les faits divers des années 1950 des idées pour ses romans.

Aujourd'hui, les journaux sont vendus au prix unique de 25 e. « Mais on a perdu du passage avec la fermeture de la Samaritaine, regrette Richard Prideaux, qui a repris le magasin en 1995. Surtout, 80 % de notre stock n'est jamais demandé. » Bien sûr il reste les modes, comme cette année, l'anniversaire des congés payés. Bien sûr, les coûts d'achat sont limités : la boutique récupère des journaux dans des greniers débarrassés, dans les administrations, chez les coiffeurs, compte sur une bonne soeur qui fait les poubelles jaunes chaque semaine. Mais cela ne suffit plus. Deux tiers des ventes se font à présent par correspondance. Cette semaine, tout le stock sera donc déménagé dans un entrepôt à Ivry (Val-de-Marne), à bien moindre prix. Et même pour les vieux journaux, il faudra à présent s'en remettre à Internet.

Michaël Hajdenberg

http://lagalcante.com