Les dérives des policiers de Saint-Denis devant la justice

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C'est un procès que certains jugent emblématique des « dérives policières ». Ce matin, devant le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis), trois jeunes policiers devront répondre de violences commises à Saint-Denis en 2001 sur des habitants de la ville. Ils risquent jusqu'à trois ans de prison.

Ils sont soupçonnés d'avoir, le 17 octobre 2001, frappé des habitants sans raison, ce qui nourrit depuis dans la ville un climat de défiance envers eux. Ce jour-là, sur la dalle du Caquet, ils contrôlent devant chez lui un jeune suspecté d'avoir volé un portable. Le ton monte, une dizaine d'habitants, dont des mères de famille, s'attroupent devant l'immeuble. Des patrouilles arrivent en renfort et, parmi la trentaine de policiers présents, certains frappent, bousculent, mettent à terre, voire gazent, selon les témoignages de plusieurs plaignants. Ils sont alors sept (cinq femmes dont une enceinte et deux mineurs) à porter plainte pour coups et blessures. Seules quatre d'entre elles seront retenues.

« Ils nous ont chargés et gazés comme des mules », a raconté un témoin à l'AFP. « Plus je criais, plus je me faisais frapper. Il cognait ma tête sur le sol », a décrit une éducatrice.

La ville comme les syndicats de police dénoncent le manque d'encadrement des jeunes agents en place. La ville, qui note « une petite reprise en main » du commissariat depuis quelques mois, réclame aussi des moyens supplémentaires.

Depuis 2001, plusieurs affaires (abus sexuels de prostituées, tirs contre un camp de Roumains après un pot arrosé, etc.) ont entaché la réputation de la police de Saint-Denis. Le commissaire a été suspendu en 2005. Selon l'Inspection générale des services, 24 policiers de la ville ont été mis en examen entre 2000 et 2005.