L'image du Quartier latin

©2006 20 minutes

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Matthieu Serreau, le projectionniste du cinéma le Champollion (5e), c'est tout un pan de la vie du quartier. « Je ne suis pas un cinéphile pur et dur, c'est surtout pour l'image que j'aime faire ce métier. » Il exposera d'ailleurs bientôt ses photos au Reflet, le café situé juste en face du cinéma. Les films qu'il diffuse au « Champo », il ne va pas les voir en intégralité, mais préfère entrer dans la salle obscure pour visionner des scènes qui l'ont particulièrement marqué.

Un peu de hasard et beaucoup de passion ont fait de Matthieu Serreau, trentenaire jovial, le projectionniste de ce cinéma d'art et d'essai. Objecteur de conscience pour éviter le service militaire, il a alors travaillé pour l'association Les Amis du bon cinéma, qui projetait dans les campagnes du Maine-et-Loire.

Son CAP en poche, il fait en un après-midi le tour du Quartier latin et décroche un job à l'Epée de Bois (5e). « Paris, avec toutes ses salles, c'est le pays du cinéma », affirme- t-il pour expliquer qu'il n'ait jamais eu de difficultés à trouver du travail. Il a toujours projeté dans des cinémas d'art et d'essai, moins par conviction que pour la proximité avec le public. Depuis quatre ans, il a posé ses valises au « Champo » parce qu'il « aime ses vieux murs qui retracent une histoire ». Ce cinéma créé en 1938 possède aussi un type particulier de projection : le « rétro-réflex ». En 1941, Roger Joly, alors propriétaire de la salle, invente ce système en collaboration avec un ingénieur des travaux publics et l'institut optique. De la cabine située au-dessus de l'écran, un périscope envoie l'image sur un premier puis sur un second miroir, qui la renvoie sur l'écran. « C'était pittoresque de faire les allers-retours entre la cabine et la salle pour faire les mises au point », plaisante Matthieu.

Aujourd'hui, le réglage du cadrage et de la netteté se fait du fond de la salle. Le quotidien du projectionniste, c'est donc le montage et le démontage des films, car les bobines, très fragiles, sont transportées en cinq ou six parties. Il tient aussi la caisse, ce qui l'amuse car «le cinéma est ouvert et en permanence en contact avec la vie du quartier ».

Pauline Théveniaud