Au Balzac, la comédie humaine au quotidien

©2006 20 minutes

— 

Le Balzac, c'est lui. Rarement un cinéma aura autant été identifié à un homme. Mais le Balzac, c'est aussi tous ceux qu'il y a fait venir, artistes et, du coup, spectateurs. « Sans cela, le Balzac serait mort », estime Jean-Jacques Schpoliansky, directeur de ce petit cinéma d'art et d'essai, incongru au milieu des complexes UGC et Gaumont du quartier huppé des Champs-Elysées.

Jean-Jacques Schpoliansky dit mener « un combat d'arrière-garde » avec son « commerce de proximité ». Avant chaque séance, il parle du film avec un sourire charmeur et une gouaille d'acteur. « La première fois, c'était en 1988. Il n'y avait que trois personnes dans la salle, mais j'étais mort de trouille. » Le « bac - 1 » a vite appris. « Il n'y avait pas le choix. C'est fini le “cinéma Paradiso”, le cinéma à papa. » C'est pourtant bien de sa famille qu'il tient ses chers écrans. En 1935, son grand-père ouvre une salle et connaît l'âge d'or après-guerre. Son père prend la suite, mais peine face à l'arrivée des complexes. En 1973, Jean-Jacques, qui n'y était pas préparé, prend la relève. Mais sa ligne éditoriale, « de stricte obédience cinéma d'auteur de qualité », ne crève pas l'écran. C'est l'écran qui crève.

D'où la nécessité d'« inventer ». Sans complexe. Souvent avec des bouts de ficelle. Schpoliansky marie le cinéma à la musique et à la gastronomie. Des premiers prix du conservatoire se produisent avant certaines séances. Il monte des soirées avec des chefs trois étoiles. D'autres fois, ce sont des musiciens de jazz, une Nuit des omnivores, mille et un coups qui germent sous ses cheveux grisés par le succès. Cet ancien trois-quarts de rugby s'extrait de la mêlée par son originalité. Et ça paye. Même s'il n'oublie jamais ce qu'il doit aux « films miraculeux », les Buena Vista Social Club, Festen et autres Crazy, sans lesquels il ne pourrait rien.

M. H.

Pierre Gagnaire, chef cuisinier, qui a participé aux soirées du cinéma « On mène un peu le même combat à l'ancienne. Celui d'anachroniques dans des univers impitoyables. J'ai beaucoup de tendresse pour sa pétillance. Jean Hernandez, programmateur du Balzac « Trente ans qu'on bosse ensemble : c'est un fidèle, ce qui est rare dans ce métier. Anxieux et affable. Trop parfois, alors je le coupe. »