leurs voix se font entendre

Lucie romano

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Un débat sur le droit de vote entre handicapés mentaux et éducateurs.
Un débat sur le droit de vote entre handicapés mentaux et éducateurs. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Dans le minibus qui les conduit de leur centre d'initiation au travail et aux loisirs (CITL), à Vanves (Hauts-de-Seine) jusqu'à leur lieu de sortie à Bourg-la-Reine, Martine, Sylvie et Lila discutent politique. Ces trois femmes sont déficientes mentales et, pour la première fois, elles ont pu voter à une élection d'envergure : la présidentielle. Sylvie remarque soudain une affiche de François Hollande dans la rue et s'écrie : « J'aimerais bien le rencontrer, c'est mon rêve. Voter, c'est important, c'est être comme tout le monde. »

Le juge seul retire le droit de vote
Depuis 2009 et la réforme de la protection juridique des mineurs, le droit de vote pour les personnes sous tutelle est automatique. Seul le juge peut le retirer. Assis contre la fenêtre, Braïm, un autre résident, reste silencieux. Il n'a pas pu voter. « Il est pourtant l'un de ceux qui comprennent le mieux les enjeux, il sait distinguer la gauche et la droite. Mais il était incapable de s'exprimer devant la juge. Elle l'a donc privé de droit de vote », explique Mouhannad Al Audat, le directeur du CITL. Pour impliquer les usagers dans la vie citoyenne, il organise depuis trois ans des journées citoyennes avec d'autres établissements. Les thèmes ? La charte du handicap, le développement durable et, cette année, le droit de vote. Pas question de décortiquer les programmes : l'idée était d'organiser une élection en interne, de distribuer des tracts à Bastille pour appeler au vote. Ou encore de participer à un film, qu'ils viennent présenter à de futurs éducateurs spécialisés. « Ils sont politisés et toutes les palettes sont représentées », témoigne leur éducateur, Ludovic. Sont-ils influencés dans leur vote, s'interroge la salle ? Non, répond Sylvie, qui a compris la question. Martine, elle, répond qu'elle a voté ce que son frère lui a dit de voter. « Il n'y a pas que les déficients mentaux qui ne comprennent pas tout », relativise Ludovic.

400 000 citoyens

L'Unapei, une association de défense des intérêts des handicapés mentaux, estime à 100 000 le nombre de handicapés mentaux sous tutelle en France, ce qui porte à 400 000 le nombre total de handicapés mentaux en âge d'être inscrits sur les listes.