Simon Texier : «Les architectes vont s'exprimer ailleurs»

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Interview de Simon Texier, maître de conférences à l'Institut d'art et d'archéologie (Paris-IV), auteur de Paris contemporain (Parigramme).

Ce plan local d'urbanisme de Paris permet-il encore de grands projets ?

Les Halles seront le dernier projet lourd de rénovation urbaine, car il faut se rendre compte que Paris a atteint un seuil d'urbanisme. Il y aura certes mille petites opérations à réaliser, dans les dents creuses, les immeubles insalubres... Paris ne sera jamais fini, mais il s'agira surtout de travailler sur l'existant, de rénover, de réinventer, et de faire appel plus aux architectes qu'aux urbanistes et à leurs grands principes.

Les architectes semblent pourtant bouder Paris...

Pour le concours des Halles, ils ne voulaient pas venir. Il a fallu les prendre par la main, car le cahier des charges inexistant. La Ville attendait d'eux qu'ils créent le programme urbanistique du quartier. Un moyen pour elle de s'éviter un travail d'étude préalable colossal. Mais un pari très risqué pour les architectes. A l'inverse, quand Mitterrand a lancé les projets de la Villette ou de l'Opéra-Bastille, les plus grands architectes y sont allés. Aujourd'hui, ils vont s'exprimer ailleurs. Lyon fait venir toutes les grandes stars.

Quel type de construction pourrait les attirer ?

Des tours, mais le débat semble clos pour l'instant, car les Verts estiment qu'elles sont anti-écologiques. Pourtant, des immeubles de moyenne hauteur, de douze à quinze étages, feraient gagner huit étages pour le logement, les entreprises. Et 50 m, ce n'est pas vraiment une tour, et cela permet de densifier.

Les Parisiens refusent cependant d'en entendre parler.

Si l'on demande aux habitants s'ils veulent des tours, ils diront automatiquement non. Pour convaincre, il faudrait montrer des projets forts. Il n'est pas question de faire une « tour signal », qui sort du paysage urbain, comme celle de Jean Nouvel à Barcelone, mais quelque chose qui s'intègre aux quartiers. Aujourd'hui, les nouveaux matériaux permettent de très belles choses, et la couleur est à la mode.

Où pourraient-elles trouver leur place ?

Elles pourraient venir égayer des quartiers de tours où les constructions sont d'une qualité médiocre, dans le 13e par exemple, ou s'insérer dans de nouveaux quartiers comme les Batignolles (17e). Il y a aussi des emprises disponibles en périphérie.

Les possibilités de construction restent cependant limitées, 8 900 nouveaux bâtiments étant protégés dans le PLU.

Ce syndrome du « façadisme » montre que Paris a un problème avec l'architecture. Dans des quartiers qui n'ont aucune homogénéité, on protège des immeubles des années 1930, qui n'ont vraiment rien de génial, ce qui est ridicule. Il faut arrêter de rêver Paris comme une ville homogène. Elle s'est faite par morceaux et est par nature hétérogène. C'est ce qui fait son charme.

Recueilli par M. G.