les maliens de Montreuil mobilisés

Claire Friedel

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L'un des cent Maliens rassemblés mardi brandit le flyer de la manifestation prévue samedi.
L'un des cent Maliens rassemblés mardi brandit le flyer de la manifestation prévue samedi. —

Ils sont une centaine, le visage grave, mardi soir dans une salle de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Pour beaucoup, ce sont des pensionnaires du foyer Bara tout proche. Tous les soirs, le Collectif des Maliens de France pour la paix organise des réunions pour les travailleurs expatriés en Ile-de-France. Mamadou est venu s'informer. « La plupart des Maliens sont inquiets. Avec la situation, on ne peut pas être sûrs que notre famille est en sécurité. On ne sait pas comment ça va finir », murmure-t-il. Un silence absolu tombe sur la salle. Lassana Niakaté, président de l'Association des Maliens de Montreuil, prend la parole : « La situation est critique et va malheureusement s'aggraver de jour en jour. Il y a une insécurité totale depuis la prise du pouvoir par les militaires. » Boulaye Keita, du collectif, confirme : « L'heure est très grave. » Il résume les événements, sous le regard soucieux des participants.

« Tout le monde a peur »
C'est au tour de Ramata Coulibaly de raconter son échange téléphonique avec une cousine, quelques heures plus tôt : « Ils ont cassé l'hôpital, ils ont cassé les pharmacies, ils ont pillé les stocks de nourriture pour les écoles. » Elle poursuit : « Les enfants sont affamés, les fem­mes sont affamées, tout le monde a peur. » A côté d'elle, Issa Maïga se lève. Tendu par l'émotion, il martèle : « Si on croise les bras, c'est fini. » Tous acquiescent. Le doyen de l'assemblée, 82 ans, déploie sa longue silhouette pour parler : « Nous avons perdu la bataille, mais nous n'avons pas perdu la guerre. » Les hommes l'acclament. Ils répètent leur « honte » face au chaos dans lequel est plongé le Mali, et leur volonté de se battre pour lui. Samedi, ils se rassembleront à Paris pour crier leur désarroi.