Même à Fleury, les mamans ont leur fête

©2006 20 minutes

— 

Fête des mères en décalé pour les détenues de Fleury-Mérogis (Essonne). Mercredi dernier, une trentaine d'entre elles ont reçu, durant deux heures, leurs enfants dans une vaste salle décorée comme pour une kermesse. Une petite fille, dont c'est la première visite à la maison d'arrêt, lance un regard à travers la fenêtre ouverte. Entre les barreaux, son doigt pointe l'autre bout de la cour : « Là-bas c'est vos chambres ? », interroge-t-elle. « Nos cellules », rectifie sa mère. Pourtant, avec le clown, les ballons, les bonbons, la musique, tous les ingrédients de la fête sont réunis.

Les petits ont été accompagnés par les bénévoles de l'association Relais enfants parents, organisatrice de la journée, avant de franchir tous les sas de sécurité. Durant la fête, les bénévoles s'effacent jusqu'aux très délicates minutes de la séparation. Leurs bras sont prêts pour les moments critiques, comme lorsqu'une enfant de deux ans pleure parce qu'elle refuse de voir sa mère.

Assises sur leur chaise, Laura* et sa maman savourent l'instant. L'ado de quatorze ans vit dans l'Oise dans une famille d'accueil. Deux fois par mois, elle vient à Fleury. Sa mère, en prison depuis « trente-sept mois », dit « vivre son rôle de maman à travers le courrier ». Laura n'a confié son secret qu'à « sa meilleure amie ». Et à Jim, le second, né en prison il y a trois ans, on dit que « sa maman est au travail ».

Pour nombre de femmes incarcérées, avoir des enfants** aide à tenir le coup. Certaines affirment que sans eux, elles ne seraient plus là. « Même si, on a parfois le sentiment d'être de mauvaises mères », confie Fatou. Elle et son mari ont été arrêtés pour la même affaire et leurs deux garçons, âgés de huit et onze ans, vivent avec leur tante à l'hôtel. Les petits se contentent pour le moment d'un : « Maman a fait des bêtises, elle est punie. »

« Ce n'est pas un spectacle mais deux heures d'amour qu'on leur offre. Et puis, c'est aussi de la prévention. On espère que ces enfants ne deviennent pas délinquants à leur tour », avance Marie-France Blanco, présidente du Relais enfants parents. Mais pour les 65 % de détenues étrangères, il n'est pas question de visite. Leurs enfants habitent de toute façon trop loin.

Sophie Caillat

*Tous les prénoms ont été changés.

** 189 des 315 femmes actuellement détenues à Fleury sont mères.