Paris: Un livre met à l'honneur les «salauds» qui ont donné leurs noms à des rues

CULTURE Il n'y a pas que les philanthropes qui sont passés à la postérité...

Oihana Gabriel

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Un livre d'Histoire à rebrousse-poil.
Un livre d'Histoire à rebrousse-poil. — F. LODI / 20 MINUTES

Un titre provocateur? «C'est fait exprès», avoue Oscar Lambert, auteur de Rue des Salauds (17,50 €, Editions Grimal), paru ce vendredi. Ce livre historique mêle quelques biographies d'illustres personnages ou d'inconnus qui ont légué leur nom aux rues de la capitale. Il se découpe par arrondissement, «mais ne se lit pas de façon linéaire, l'objectif est de se balader le livre à la main et d'aiguiser la curiosité des gens.La mémoire officielle force notre admiration, mais on peut passer au crible de l'esprit critique ces destins », insiste l'auteur.

Maurice Barrès, qui a farouchement combattu Alfred Dreyfus, a droit à une place dans le 1er arrondissement, la modestie de la rue Talleyrand dans le 7e s'explique par sa fâcheuse tendance à trahir tous les régimes qu'il avait auparavant défendus, la rue Guisarde rend hommage aux Ducs de Guise qui massacrèrent nombre de protestants pendant les guerres de religion du XVIe siècle.

«Il y a des salauds que j'admire»

«Il n'y a pas de critère scientifique pour déterminer qui est salaud ou pas. Le choix est totalement subjectif. Je ne pensais pas qu'il y avait autant de personnes racistes ou colonialistes dans les rues de Paris. Mais il y a des salauds que j'admire. Par exemple, Henri Rochefort, très antisémite, a écrit des horreurs sur le colonel Dreyfus, mais il a beaucoup fait pour la liberté de la presse.»

L'auteur préfère mélanger les stars (Richelieu) et les inconnus, mais aussi les périodes. «J'ai dû réviser mon histoire du XIXe siècle, car beaucoup de rues ont été baptisées à cette époque. Il est rare que l'on débaptise des rues. Excepté à la Libération, où l'on a supprimé beaucoup de rue Pétain, mais à ma connaissance il n'y en avait pas à Paris. Le Conseil de Paris, qui nomme les rues, préfère couper une rue en plusieurs morceaux et lui donner le nom d'un autre personnage pour éviter d'avoir des associations mémorielles sur le dos.»

Robespierre

En juin 2011, le Conseil de Paris a refusé de baptiser une rue Robespierre à Paris, rejetant le vœu du conseiller communiste Ian Brossat. Anne Hidalgo (PS), première adjointe, avait alors rappelé que Robespierre «est aussi l'homme de la Terreur».