Un jugement au goût amer

Hélène Colau

— 

De la frustration et de la colère. Hier, l'association France Euro Habitat (Freha) et une entreprise de bâtiment ont été condamnées à 30 000 € d'amende chacune pour homicide involontaire, après l'incendie d'un immeuble du boulevard Vincent-Auriol (13e) en 2005. Dix-sept personnes d'origine africaine, dont quatorze enfants, avaient péri dans le sinistre (lire encadré). Les deux personnes morales condamnées devront verser des dommages et intérêts allant jusqu'à 100 000 € aux familles des victimes.

Incompréhension des familles
A la sortie du tribunal correctionnel, quelques victimes embrassent leur avocat, les larmes aux yeux. Pourtant, le froid énoncé des dommages et intérêts leur a laissé un goût amer. « Je suis en colère, dit Vamory Sy, venu d'Abidjan pour en savoir plus sur la mort de sa fille et de ses quatre petits-enfants. On ne nous a rien expliqué du tout. » « Ils n'ont parlé que d'argent, mais mes neuf frères et sœurs sont morts cette nuit-là. On va devoir vivre et mourir avec ça », s'emporte une partie civile. « Nous voulions un jugement en rapport avec la gravité des faits, or ce n'est pas le cas, estime Tapa Kanouté, porte-parole des familles des victimes. L'argent ne sert pas seulement à dédommager, mais à dissuader de recommencer. »
Si l'incompréhension dominait, hier après-midi, au tribunal correctionnel de Paris, c'est aussi parce que tous les coupables n'ont pas été jugés. « Il est vrai que le montant des amendes est modéré compte tenu de l'importance du drame, reconnaît Me Baudelot, l'avocat de Freha. Mais les vrais responsables sont les incendiaires et l'administration, qui n'a rien fait alors qu'elle savait que l'immeuble était insalubre. Du coup, c'est une association désintéressée qui paie. Personne ne peut être satisfait de ce jugement. »

Incendie

130 personnes vivaient dans cet immeuble insalubre géré par Freha, affiliée à Emmaüs. L'incendie, d'origine criminelle, s'est propagé très rapidement à cause du contreplaqué posé dans l'escalier. On n'a jamais retrouvé les incendiaires.