Claude Pernès : « Le maire peut faire office de guichet unique »

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Interview de Claude Pernès, maire (UDF) de Rosny-sous-Bois (93) et président de l'Association des maires d'Ile-de-France.

Hier s'ouvrait à Aulnay-sous-Bois un colloque sur le rôle des maires six mois après les violences urbaines. Quel peut être ce nouveau rôle ?

C'est celui découvert au moment des émeutes de novembre. Les maires sont le dernier maillon dans la chaîne de sécurité et du dialogue et ce rôle leur a enfin été reconnu.

Qu'est-ce qui a changé depuis six mois ?

Le maire a maintenant vocation à réunir autour de lui tous ceux concernés par la politique de la ville : la police, la justice, les enseignants, les associations. D'après le discours qu'a prononcé Nicolas Sarkozy hier à l'Assemblée nationale, le maire aura plus de pouvoir en matière d'absentéisme, qui nourrit l'échec scolaire, et donc la délinquance. Nous aurons la possibilité de convoquer les parents d'un enfant trop souvent absent et d'établir une convention avec eux.

Est-ce bien le rôle d'un maire ?

Des maires le feront, d'autres non. Moi, j'attends cela avec impatience. Il y a deux problèmes récurrents : l'absence de sanction et la démission des parents. Si on peut agir sur cette dernière, ce sera déjà un grand pas.

Les maires demandent-ils d'autres responsabilités ?

Nous ne sommes pas des éducateurs ou des policiers. Mais le maire peut être le guichet unique pour étudier la situation d'un jeune en difficulté avec toutes les parties prenantes autour de la table. Le rôle de coordination est celui qui nous conviendrait le mieux.

Quelles solutions pouvez-vous apporter ?

Dans chaque ville, il y a un noyau dur de peu d'individus. On ne les connaît pas, ce sont ceux qui brûlent les voitures et dorment le jour. Ils ont leur langage, leurs codes et ne sont même pas connus des travailleurs sociaux. Il faut qu'on réussisse à aller les trouver et ensuite avec tous les acteurs, notamment des pédopsychiatres, qu'on parvienne à les resociabiliser.

L'initiative anti-bandes du maire de Montfermeil a fait beaucoup parler...

Je préférerais des actions coordonnées, mais on ne peut empêcher un maire d'essayer de prendre des mesures.

Les maires ont-ils les moyens d'agir ?

Les moyens sont là, si c'était une question d'argent, ça se saurait. C'est une question de motivation.

Recueilli par Michaël Hajdenberg