Hélène Dupif : «Beaux quartiers, cités... plus aucun secteur n'est épargné»

©2006 20 minutes

— 

Interview d'Hélène Dupif, chef de la brigade des stupéfiants à la PJ de Paris.

Avez-vous constaté une hausse des saisies de cannabis ?

Oui, les filières sont de plus en plus nombreuses, l'usage de plus en plus répandu, les consommateurs de plus en plus jeunes. Plus aucun secteur n'est épargné, les beaux quartiers comme les cités populaires. C'est sur ce produit que nos efforts doivent porter le plus, aussi bien en termes de répression que de prévention. Nous possédons d'ailleurs une unité de prévention au sein même de la police judiciaire, ce qui est assez rare dans un service répressif comme le nôtre.

Le cannabis est tout de même moins dangereux que la cocaïne, l'héroïne ou le crack ?

Certaines drogues ont des effets plus visibles que d'autres. Le crack, par exemple, fait des dégâts sur le cerveau très rapidement. C'est impressionnant et très peu de jeunes y touchent. Le cannabis, lui, ne fait plus peur, c'est cela qui est inquiétant. Pourtant, il endommage aussi les cellules cérébrales, le THC agit encore sur le corps une semaine après sa consommation. Je ne comprends pas que notre société ne soit pas plus combative sur ce produit, comme elle l'est sur l'alcool ou le tabac.

Combien y a-t-il de consommateurs aujourd'hui ?

On estime à 450000 le nombre de consommateurs quotidiens en France, et à 800 000 le nombre de consommateurs occasionnels. Mais on peut penser que ce serait plutôt 1,2 million.

Les jeunes touchent-ils à d'autres drogues ?

Pas vraiment. La cocaïne continue à faire peur. Mais il faut y faire attention, car son usage est plus répandu qu'il y a dix ans, notamment parce qu'elle est meilleur marché : le gramme est passé de 1 200 francs (180 e) à 70 e.

Certains habitants ne comprennent pas qu'on laisse des dealers agir sous leurs fenêtres...

Il y a des endroits où le trafic est plus visible, c'est vrai, comme dans le nord-est de Paris ou dans certaines cités. Et c'est extrêmement gênant pour la population. Mais dans ces quartiers la surveillance est difficile, la configuration des lieux ne nous aide pas. Et, ce ne sont pas forcément les trafiquants d'envergure qui se trouvent là. Or, la mission de la brigade des stupéfiants est la lutte contre les trafics de grande ampleur.

Recueilli par Mickaël Bosredon et Michaël Hajdenberg