Le squat de Cachan dans l'impasse

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Seules quelques chambres d'étudiants ont été murées. Le bâtiment F de la cité universitaire de Cachan (Val-de-Marne) abrite toujours le plus grand squat de France. Trois cent huit chambres de 9 m2, où s'entassent six cents résidents, des Ivoiriens et des Maliens pour la plupart, dont de nombreux enfants. Après trois ans, beaucoup semblent presque résignés à vivre dans ce taudis.

Une évacuation « progressive et raisonnée » était pourtant programmée dès 2004. Elle devait s'achever à la fin de cette année-là. Dix-huit mois plus tard, seule une vingtaine de familles a été relogée. Difficile de dire si les choses vont cette fois avancer avec l'arrivée d'une cellule de relogement promise ces jours-ci. « Elle a encore pris du retard », soupirent les résidents, qui n'y croient plus. « Le vrai problème, c'est la régularisation », assène Fidèle Nitiema, le délégué principal du bâtiment. Les sans-papiers représenteraient la moitié des résidents. Et au nom du « symbole » que ce squat représente, les habitants refusent que « cela ne se décante pas dignement », poursuit Fidèle.

Bernard Tomasini, nouveau préfet du Val-de-Marne arrivé en début d'année entend proposer aux familles en situation régulière, disposant de revenus et d'une assurance, un logement ou un mobil-home en attendant. En janvier, il a soumis au collectif un protocole d'accord prévoyant le relogement des réguliers, la régularisation de ceux qui peuvent prouver leur présence en France depuis plus de dix ans et l'expulsion des non-régularisables. Pour les squatteurs, impossible de signer ce document qui prévoyait aussi de « renforcer les contrôles » et les expulsions. « On observe déjà les rafles. Alors, le recensement n'aurait été fait que dans le but de nous expulser ? », s'interroge Bama, un résident. Le préfet juge que cette offre est « une preuve de [sa] bonne volonté » et estime qu'il ne peut pas « proposer mieux qu'une étude au cas par cas des dossiers ». « D'ailleurs, ils ont intérêt à signer un accord avant l'adoption de la loi Sarkozy, qui rendra plus difficile leur régularisation. »

Aujourd'hui, le collectif prépare une contre-proposition et espère toujours la régularisation du plus grand nombre. Bama ne désespère pas que « le bâtiment F ne soit qu'un point de transit vers la sortie de la misère».

Sophie Caillat