L'hôpital prête enfin l'oreille aux sourds

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Les sourds ont fait du boucan pour obtenir gain de cause. Après plus de trois heures de réunion mardi soir, la direction de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (13e) a cédé. Les usagers sourds seront prochainement pourvus d'un service d'accueil spécifique. Une revendication essentielle pour leurs soins, qui s'étaient nettement dégradés depuis trois ans.

En 1995, la Pitié avait pourtant été le premier hôpital de France à prévoir un accueil spécifique pour les sourds et malentendants avec des médecins et des infirmières parlant le langage des signes et surtout des interprètes. « C'est essentiel, expliquait mardi Lionel Abbou, un de leurs représentants. C'est le seul hôpital d'Ile-de-France prévu pour cela, et 4 000 sourds viennent consulter ici chaque année. » Sans interprète, il est impossible de bien décrire ses souffrances, de comprendre les nuances du médecin. « Lire sur les lèvres est très difficile et très fatigant. On ne peut l'exiger de la part de quelqu'un qui vient d'apprendre qu'il a un cancer, explique Bruno Sansac, délégué FO. Et beaucoup de sourds sont illettrés, ce qui rend impossible le dialogue par écrit. » Or, depuis 2003, le service ne comptait plus de secrétaire pouvant orienter les demandes et surtout plus qu'un seul interprète, complètement débordé. L'enveloppe budgétaire de la direction générale de la santé (DGS) n'avait pas disparu, mais les sourds disaient ne plus en voir la couleur.

Il y a huit jours, une centaine d'entre eux avaient donc manifesté leur mécontentement. Comme seule réponse, la direction de l'hôpital avait appelé la police pour ramener le calme. Mardi, bien qu'« outrée » par ces insinuations de budgets « disparus », la directrice de l'établissement a accepté de diligenter une enquête. Surtout, elle a annoncé la création d'un service autonome, et non plus dépendant d'un service de médecine générale, réclamé depuis plus de quatre ans par les usagers. A défaut de pouvoir hurler leurs revendications, les sourds avaient apporté mardi des sifflets pour extérioriser leur colère. Ils n'auront finalement servi qu'à marquer la fin de l'affrontement.

Michaël Hajdenberg

La Pitié-Salpêtrière a été suivie par douze hôpitaux en France. En tout, la DGS alloue quelque 10 millions d'euros pour ces services d'accueil aux sourds.