Gilles Carrez : «Nous avons inventé un système qui conduit à la paralysie»

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Interview de Gilles Carrez, député UMP de la 5e circonscription du Val-de-Marne.

Comment jugez-vous la situation du logement dans la région ?

Rhône-Alpes a lancé plus de logements ces dernières années que l'Ile-de-France. En 2005, la statistique de construction en France s'est considérablement redressée, on a mis en chantier 420 000 logements (+ 12%), mais ils sont passés à côté de notre région, où on en a le plus besoin.

D'où vient la baisse du nombre de constructions dans la région ?

En Ile-de-France, pendant vingt-cinq ans, les cinq villes nouvelles ont représenté à elles seules 10 à 15 % de la construction dans la région, et pas loin de 20 % de la construction de logements sociaux. Ces villes sont arrivées à leur terme, et aucun relais n'a été pris.

Quel type d'urbanisme pourrait permettre de redresser la barre ?

Il faut que nous relancions les secteurs bien desservis en transports. Il ne s'agit pas de refaire une politique de type ville nouvelle, mais une politique moins ambitieuse, en faisant grossir les villages, par exemple.

Pourquoi est-il si difficile de garder le rythme en matière de construction ?

Avec la décentralisation, chacun à son petit niveau peut tout bloquer. Il y a l'Etat, qui finance, la région, qui est responsable de la révision du schéma directeur de la région Ile-de-France (Sdrif), la ville, qui statue sur le plan d'occupation des sols et l'attribution des permis de construire. Il y a aussi le département, qui tient les cordons de la bourse sur certains sujets. Nous avons inventé un système qui conduit à la paralysie. En province, elle est contournée grâce aux communautés urbaines, qui tranchent.

Quel type de structure pourrait mettre un terme à ces querelles ?

L'établissement public foncier régional est, pour moi, la réponse la plus pertinente. Elle permettrait d'équilibrer le territoire en matière de logement. Mais des départements comme les Hauts-de-Seine sont en train de créer les leurs, pour garder la main mise sur les projets de construction chez eux. Sur ce point, je suis en opposition totale avec le président des Hauts-de-Seine [Nicolas Sarkozy], qui y voit aussi son intérêt : dans son département, il y a davantage d'emplois, donc de recettes fiscales. Il veut garder le contrôle de ses richesses. C'est une guerre de pouvoir.

Les procédures sont-elles également en cause ?

Elles sont effectivement beaucoup trop complexes. Il faut simplifier le Code de l'urbanisme de façon radicale et être beaucoup plus rigoureux par rapport aux recours abusifs, qui sont devenus un vrai business. Les gens font des recours pour tout et n'importe quoi. Comme les promoteurs ne peuvent pas attendre, ils paient pour que le recours soit retiré. Quand une association sera condamnée, ils arrêteront. En province, ce type de procédure est beaucoup plus rare, car les enjeux financiers sont moindres.

Recueilli par Magali Gruet