Polémique autour de la nomination à venir du nouveau procureur de Paris

JUSTICE Réputé proche du pouvoir, François Molins devra apporter la preuve de son indépendance face à ses détracteurs...

William Molinié

— 

Le procureur de Bobigny François Molins, le 04 avril 2008 à Bobigny.
Le procureur de Bobigny François Molins, le 04 avril 2008 à Bobigny. — AFP PHOTO JACQUES DEMARTHON

La dernière barrière à la nomination de François Molins, 58 ans,  à la tête du premier parquet de France vient d’être levée. Ce mardi, le conseil supérieur de la magistrature (CSM) a émis un avis favorable à la candidature de l’actuel directeur de cabinet du garde des Sceaux. Sa nomination, par décret, n’est plus qu’une formalité et pourrait intervenir très rapidement.

Indépendance mise en cause

Les syndicats voient dans cette décision «un verrouillage» du parquet à l’approche des élections. «On ne met pas en cause les qualités juridiques de M. Molins. Mais il est au cabinet depuis quatre ans au service de deux ministres», remarque Odile Barral, membre du bureau du syndicat de la magistrature, classé à gauche. A la lumière de cet avis, la profession s’interrogeait hier sur l’indépendance des membres du CSM. «Cette nomination n’est pas neutre. Elle jette un trouble sur l’indépendance déjà malmenée du parquet», pointe Pascale Taelman, présidente du syndicat des avocats de France. Le CSM avait pourtant obtenu il y a un mois le retrait à Bordeaux de la candidature de Martine Valdès-Boulouque, proche du pouvoir, au poste de procureur général près la cour d’appel où elle aurait eu en charge l’affaire Woerth-Bettencourt, dépaysée il y a un an. «Y a-t-il eu un deal entre le ministère et le CSM? Molins contre Valdès-Boulouque? Faut croire que le CSM manque de constance quand il faut s’opposer à l’intrusion du pouvoir dans la justice», regrette-t-on au syndicat de la magistrature. François Molins, ancien procureur de Bobigny (Seine-Saint-Denis), maniera des affaires sensibles à son arrivée. Notamment le dossier Karachi et les biens mal acquis par des chefs d’Etat africains.

Transition
Le parquet de Paris était sans leader depuis le départ de Jean-Claude Marin, nommé le 16 septembre à la tête du parquet de la cour de cassation. La relève a été assurée en intérim par la doyenne des vice-procureurs.