Les profs main dans la main dans le cortège parisien

Oihana Gabriel

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Des ballons aux couleurs syndicales, des banderoles bariolées et des slogans criant « on ne lâche rien ! ». Hier après-midi, devant le jardin du Luxembourg (6e) et sous un soleil estival, la manifestation parisienne pour l'éducation prenait une allure inhabituelle, avec des pancartes comme « Privé public, même combat ! » « Catho mais pas maso ». Pour la première fois depuis 1984, beaucoup d'enseignants du privé sont venus grossir les rangs des grévistes. « C'est la première fois en 22 ans de carrière que je fais grève, sourit Hélène, institutrice dans une école privée de Saint-Maur (Val-de-Marne). Elle et certains collègues manifestent contre les 1 350 postes qui risquent d'être supprimés en 2012 dans le privé, mais aussi contre les classes surchargées, la formation au rabais des stagiaires, la baisse des aides pour les enfants en difficulté…

Solidarité contre les économies
« Il faut être solidaire, on a le même métier. Ils nous demandent de faire du travail personnalisé, mais c'est impossible avec des classes de 35 élèves, s'indigne Claire, institutrice dans le privé. Ceux qui décident dans leur bureau devraient faire des stages dans les écoles. Je connais une institutrice remplaçante qui a tous les jours une classe différente ! » Un peu plus loin dans le cortège, Annick et Françoise expliquent que la grande nouveauté, c'est que cinq syndicats du privé ont lancé un appel commun. « Mais nous sommes de toutes les manifestations depuis 2008 », souligne Françoise, professeur dans un collège catholique. Tiphaine a choisi de défiler avec un tablier sur mesure : « I love Maternelle » devant, « Arrêtez de casser mon école » derrière. Cette institutrice dans le secteur public à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), qui a débuté sa carrière avec une classe de 33 élèves, se félicite de la mobilisation commune. « J'ai beaucoup de mal avec le privé, mais mieux vaut tard que jamais. Cette fois, tout le monde voit que le privé aussi est touché. »Lire aussi p. 8

des parents plus ou moins sensibilisés

Hier, Françoise a battu le pavé pour l'avenir de ses petits-enfants. « Il n'y a pas que les profs et les parents qui se mobilisent, mais aussi les grands-parents ! » Du côté du privé en revanche, certains enseignants admettent que les parents se sentent moins concernés. « Comme ils payent, ça doit marcher, et ils ne sont pas habitués à ce que les professeurs fassent grève », raconte une enseignante d'un collège catholique du 13e.