Médias et banlieues : y'a comme un blog

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Comment traiter la banlieue ?Comment éviter le sensationnalisme sans pour autant donner une vision angélique de ce qui s’y passe ? Comment y travailler sans se heurter à l’agressivité ou la violence de jeunes souvent «médiaphobes» ?Ces questions traversent presque toutes les rédactions.En novembre, avec la crise des banlieues, elles ont rattrapé tous ceux qui avaient préféré les enterrer. Et se sont retrouvés tout penauds, voire jaloux devant l’initiative inédite de journalistes, du magazine suisse L’Hebdo, qui se sont installés au coeur de la cité Blanqui de Bondy (Seine-Saint-Denis) et y ont tenu pendant trois mois un blog.
Près de six mois plus tard, le livre Bondy Blog,paru hier aux éditions du Seuil, récapitule l’expérience. On y découvre ou redécouvre la voix des habitants, des lecteurs. Celle d’un jeune qui « propose un témoignage bidon où il serait l’instigateur des révoltes, pour 20 euros ». Mais aussi celle des journalistes, qui, contrairement aux reporters occasionnels de faits divers, « doivent pouvoir saluer le matin la personne sur laquelle ils ont écrit la veille ».Qui peinent à décrire cette«hideuse normalité » avec « des officiels qui ne veulent pas parler », « des policiers qui ne peuvent pas parler » et « des jeunes qui ne savent pas en parler ».
L’expérience n’est pas restée sans lendemain. Lundi, ils étaient huit à se réunir dans le café Chez Jeanine, en face de la gare RER.Un drôle de lieu pour une conférence de rédaction.«Mais on n’a pas de local », regrette Mohamed, qui n’est ni suisse ni journaliste,mais professeur à Bondy. Quand l’expérience du blog s’est terminée, on lui a proposé de prendre la suite. Il a accepté. Et construit une équipe avec des jeunes du coin, bénévoles qui continuent d’alimenter le blog, après être partis se former une semaine à Lausanne. Plus irrégulier, le site est pourtant toujours aussi fréquenté selon Mohamed. Kamel a retranscrit
la lettre qu’il a écrite à la SNCF, qui lui a refusé un poste parce qu’il n’a pas le brevet. Chaouki, bac + 4, s’apprête à raconter son expérience d’agent de nettoyage. Sada, une lycéenne de terminale, a recueilli un témoignage sur la polygamie qu’« aucun journaliste n’aurait pu obtenir », expliquent les blogueurs. Ceux-ci ajoutent qu’à l’opposé, eux-mêmes auraient des difficultés à écrire sur des
questions sensibles dans le quartier comme la religion ou l’homosexualité. Kamel n’est pas non plus très chaud pour interviewer le maire : « On a des appartements à demander. Faut pas se cramer. »

Michaël Hajdenberg

Retrouvez l'expérience des journalistes suisses sur le Bondyblog