L'ile-de-France importe sa pollution

William Molinié

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Chaque année, deux millions de Franciliens sont surexposés aux particules fines. Si le trafic automobile est la principale cause de cette pollution dans la capitale (44 %), plus on s'éloigne, plus les causes externes à l'Ile-de-France prennent de l'importance. Ainsi, selon une étude d'Airparif qui a duré trois ans et a été rendue publique hier, 68 % des particules présentes dans l'air des villes de banlieue sont importées d'autres régions, voire d'autres pays. Chauffage résidentiel, réactions chimiques dans l'atmosphère, transports maritimes, industries, sable du Sahara… Le trafic routier n'est donc pas l'unique responsable de cette pollution, qui causerait chaque année 386 000 décès prématurés en Europe. « Il faut des mesures au niveau local mais aussi agir aux niveaux national et Européen », appuie Anne Kauffmann, chef du pôle des études chez Airparif.

Le diesel, nocif dans la capitale
A Paris, les véhicules diesel sont dans le collimateur des scientifiques. Selon les mesures réalisées sur le périphérique, la pollution aux particules liée au trafic routier provient à 97 % de moteurs diesel. « On a un problème majeur avec ce type de véhicule. Il est temps que l'Etat mette fin au dumping fiscal sur le gasoil », préconise Denis Baupin, l'adjoint (EE-LV) au maire de Paris, chargé du développement durable, de l'environnement et du plan climat. Les solutions pourraient venir du modèle berlinois, où les collectivités locales ont mis en place un système de vignettes qui classe les véhicules les plus polluants et les interdit d'accéder à certaines zones (lire encadré). Grâce à cette mesure, Berlin a réduit de 58 % les émissions du parc automobile en 3 ans, plaide Martin Lutz, en charge du dossier au Sénat de Berlin. Autre chose à ne pas négliger, souligne Airparif, les deux-roues essence de moins de 50 cm3 qui représente une part importante (7 %) de la pollution aux particules fines. Enfin, en dehors du périphérique, les émissions produites localement sont en partie dues au chauffage au bois. Une autre part provient des réactions chimiques dans l'atmosphère liées à l'agriculture et à l'industrie.

Des zones propres

L'étude met en lumière, selon Airparif, l'urgence à créer des Zones d'action prioritaire pour l'air (Zapa). Huit agglomérations se sont portées candidates pour créer une zone où les véhicules polluants seront interdits d'ici à 2012. Selon Denis Baupin, en Ile-de-France, le périmètre pourrait correspondre à la ceinture de l'A 86. « On ne sait pas s'il faut ou non inclure l'A 86 au périmètre. Et comment faire pour les villes traversées par l'autoroute ? Il y a aussi des discussions autour du mode de gouvernance de ce territoire », précise-t-il.