Ils ont déclaré la guerre des Post-it

Hélène Colau

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C'est la saga de l'été, qui a amusé les salariés sans vacances et emballé les médias pendant deux mois. En quelques semaines, de véritables œuvres d'art en Post-it courant parfois sur plusieurs étages ont poussé sur les façades de bureaux français. Aux dernières nouvelles, l'épidémie aurait gagné l'Allemagne, le Benelux, la Scandinavie ou encore San Francisco. Ça fait un peu rigoler Emilie, jeune responsable des services généraux dans la société de jeux vidéo Ubisoft, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Sur la vitre derrière son bureau, de modestes Space Invaders monochromes. C'est là que le premier Post-it a été collé, en mai dernier. « J'ai remarqué des Space Invaders dans une cour intérieure, près du restaurant d'entreprise. Je me suis dit que c'était dommage que personne ne les voie. »

Attaque au Lapin Crétin
La vraie surprise a été de trouver, le lendemain, une réponse en forme de Pacman sur les vitres de la BNP, en face. « La guerre a vraiment été déclarée quand ils ont dessiné un Lapin Crétin, notre mascotte ! » Une bataille par vitres interposées s'engage. Aujourd'hui, les dessins naïfs du début ne sont qu'un lointain souvenir. La dernière création de chez Ubisoft, sur trois étages, a nécessité une centaine d'heures de travail. « Pendant nos pauses, on a découpé du Canson, pour plus de précision, explique Thibault, l'un des colleurs. Puis on a copié un modèle sous Excel d'après un dessin trouvé sur Internet. » Le papier a été acheté sur leurs propres deniers, même si Ubisoft a fermé les yeux sur les quelques centaines d'euros de Post-it mystérieusement engloutis. Détournement bientôt réparé : « Le fabricant vient de nous en envoyer 30 000 ! »
La vraie réussite, pour les pionniers du Post-it, « c'est que ça vaut tous les séminaires de team-building. On a rencontré de nouveaux collègues, et il nous arrive même de boire des verres avec les gens de la banque d'en face. » Même si de leur côté, la direction a moins apprécié la blague. Beaucoup d'œuvres de papier ont déjà disparu. « Peut-être se sont-ils dit qu'avec la crise, ce n'était pas le moment de plaisanter… »