Chahrazad sort de son silence

©2006 20 minutes

— 

Cinq mois après son agression, Chahrazad a passé son premier week-end en famille. Dans le salon marocain de la cité tranquille de Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), où elle a grandi, cette jeune fille de 18 ans nous a reçus hier. Couverte de pansements, elle se déplace à peine mais dit sa rage et se formule un avenir. Depuis des mois, elle cumule les opérations de chirurgie réparatrice, les greffes de peau, sans toujours le succès escompté, et elle s'accroche. Les chairs à vif en plusieurs endroits, une phalange amputée, elle refuse de s'étendre sur ses souffrances. Elle semble avoir gagné dix ans de maturité en quelques mois. Le dimanche 13 novembre dernier, en sortant de chez elle, cette lycéenne a été aspergée d'essence et brûlée sur 60 % de son corps. Parce qu'elle refusait les avances d'un collègue de travail, elle est passée tout près de la mort. Elle a eu plus de chance que Sohane, morte de ses blessures après avoir subi le même sort, dans un local à poubelles de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) en 2002. S'il était arrêté, son agresseur risquerait la réclusion à perpétuité, à l'instar de celui de Sohane, jugé devant les assises du Val-de-Marne jusqu'à vendredi.

Aujourd'hui, alors que l'enquête semble au point mort, Chahrazad et sa famille ont décidé de lancer un cri. En direction de la police, des jeunes, de la société tout entière.

Sophie Caillat