« Garder le patrimoine tout en renouvelant le show »

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La première fois que le producteur et réalisateur de télé Guy Job s'est glissé dans la petite salle rouge pour découvrir la revue d'Alain Bernardin, c'était dans les années 1960. « Le Crazy représentait alors le seul endroit où l'on pouvait voir des danseuses nues. Il s'opposait à toutes les autres boîtes sulfureuses où les filles fréquentaient les clients. L'esthétisme sublimait le côté érotique. Pour une danseuse, c'était génial sur son CV. » Guy Job a depuis cette époque réalisé une dizaine d'émissions sur le Crazy Horse, dont une dernière pour les 60 ans, et noué une amitié avec son fondateur. « Bernardin était tyrannique mais il le fallait, ça bossait dur. Il bloquait une partie du salaire des filles sur un plan épargne logement. Pour lui, le Crazy devait rester à Paris. » Depuis, le cabaret est demeuré un lieu incontournable de la capitale.
« Venir au Crazy et dans un hôtel trois étoiles, c'est toujours une spécificité parisienne pour les étrangers. » Mais après 60 ans d'une revue codifiée, ce temple du nu doit relever le challenge d'innover. « Bernardin pensait qu'après lui le cabaret deviendrait un parking, c'est déjà un miracle de perpétuer le lieu et de maintenir la qualité. Pour moi, les guest stars restent du marketing. C'est plus important de faire venir des chorégraphes, comme Decouflé, pour garder le patrimoine tout en renouvelant le show. Je pense que le tableau la Crise s'inscrit dans l'esprit du Crazy qui parle de l'air du temps. »O. G.