Vis ma vie à Paris et à Clichy-sous-Bois

Hélène Colau

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A la maison et au lycée, les filles apprennent à se connaître.
A la maison et au lycée, les filles apprennent à se connaître. — CINETEVE

Comment vit-on là-bas, de l'autre côté du périph' ? A Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et dans l'Ouest parisien, deux endroits sur lesquels les clichés ne manquent pas ? C'est la question de départ du docu Passe le périph' d'abord, diffusé ce soir*. Il suit six adolescentes de 17 à 18 ans, trois de chaque camp, qui vont vivre quelques jours en terre inconnue. L'expérience est menée en marge d'un autre projet, né dans la foulée des émeutes de 2005 : la simulation d'un procès d'assises par des élèves de deux lycées très différents, Racine (8e) et Nobel (Clichy-sous-Bois).
Si le casting final est varié, c'est le fruit du hasard. « On ne voulait pas passer la barrière de la téléréalité, avec un scénario et des personnages stéréotypés, jure Bruno Victor-Pujebet, le réalisateur. Mais il a été difficile de trouver des familles qui acceptent de nous accueillir. D'un côté, il y avait les préjugés sur les jeunes de banlieue, de l'autre, une gêne sociale. »

« Certains clichés sont vrais »
L'idée de départ était de faire tomber les préjugés. « Mais ce qui est intéressant, c'est que le film montre aussi que certains clichés sont vrais », remarque le réalisateur. Carlotta refuse d'être étiquetée « fille à papa », mais quand elle sort, c'est la flambe. « Je trouve ça bête de gaspiller 500 € pour faire la fête », soupire sa binôme, Wafae. « C'est vrai qu'entre elles deux, le courant est moins bien passé, reconnaît Bruno Victor-Pujadet. Elles avaient la plus grande différence de classe sociale, c'est vraiment ce qui sépare ces jeunes. Sinon, elles ont beaucoup de points communs : leurs rêves, leurs projets, l'amour. » En effet, Alison de Clichy et Alix de Paris, au fil des sorties et des discussions sur la drague, ont l'air sur la même longueur d'ondes. Con­trairement à Wafae, qui se dit finalement « fière de vivre à Clichy », Alison glisse : « Quand je pourrai quitter le 93, je le quitterai. » Elle précise que « les filles de Paris sont plus libres ». « C'est vraiment ce qui ressort : il est plus facile d'être une fille à Paris qu'en banlieue, souligne le réalisateur. L'une d'elles dit même qu'elle est plus libre à Casablanca qu'à Clichy. »