Le diagnostic amiante d'une tour mis en cause

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Il n'y a pas d'amiante dans la Tour Panorama. C'est du moins ce qu'indique le diagnostic technique censé détecter l'éventuelle présence de ce matériau, hautement cancérigène. Cette tour de 32 étages, bâtie dans les années 1970 au coeur du quartier Beaugrenelle (15e), abrite 300 appartements et près de 1 000 habitants. Plusieurs entreprises sont amenées à y intervenir pour travaux de maintenance, et un responsable de l'une d'elles, qui souhaitait vérifier que la sécurité de ses hommes était assurée, a mis le doigt sur un dossier assez intrigant.

« Je me suis déplacé une première fois dans la tour en 2004, raconte-t-il, et je me suis rendu compte que certains matériaux ressemblaient à de l'amiante, en état de forte dégradation, ce qui est très dangereux, car volatil. Mais comme nos travaux étaient déjà entamés, mon employeur a voulu continuer. »

De l'amiante et des fibres céramiques

Un an plus tard, il est rappelé sur le chantier. « Là, j'ai demandé le diagnostic technique amiante avant d'entamer quoi que ce soit. » Celui-ci avait été commandé en octobre 2003 par Foncia, le syndic de l'immeuble, à la Compagnie nationale d'expertise et de mesurage (Cnem), l'une de ses filiales. Elle-même a mandaté un cabinet d'expertise pour réaliser le rapport. « Quand je l'ai obtenu, j'ai été très étonné : l'expert n'a pas “repéré de matériau ou produit susceptible de contenir de l'amiante”. Toutes les tours alentour, de la même époque, en contiennent. » En outre : « Aucun prélèvement n'a été réalisé ».

Le responsable alerte sa médecine du travail et lui demande de faire ses propres prélèvements. Un médecin se déplace le 20 janvier dernier pour rapporter des échantillons au laboratoire. Quelques semaines plus tard, le verdict tombe : sur six échantillons, deux contiennent de l'amiante et deux autres des fibres céramiques réfractaires, un matériau soupçonné d'être cancérigène. Le président des copropriétaires, Jacques Dalloz, indique : « Nous sommes au courant qu'il y a des fibres céramiques derrière les portes coupe-feu des ascenseurs, et nous y ferons attention lorsque nous les rénoverons début avril. » En revanche, en ce qui concerne l'amiante, « nous nous reportons au rapport qui nous a été remis, et qui indique qu'il n'y en a pas. Mais si un médecin indépendant a réussi à en trouver, nous devons avoir des explications ! »

35 minutes pour une expertise

Contacté, le président de la Cnem reste très prudent, et envisage d'envoyer un second expert sur les lieux. « Nous avons réalisé 14 000 diagnostics techniques amiante l'année dernière et nous n'avons connu que trois cas d'erreurs, explique Pierre-Michel Voiturier. Selon ce rapport, l'expert n'a effectivement fait aucun prélèvement, mais il est d'usage de n'en faire que lorsque l'on soupçonne qu'il y a de l'amiante. » Les registres tenus par le concierge, qui répertorient chaque entrée et sortie d'entreprise, indiquent que l'expert n'a passé que 35 minutes dans cette tour de 32 étages. Une donnée que Pierre-Michel Voiturier ne s'explique pas. « Le cabinet qui a fait l'expertise a tous les agréments nécessaires. Mais nous allons l'envoyer faire une contre-expertise, pour qu'il nous confirme s'il a mal fait son boulot ou non. »

Magali Gruet