La réouverture de l'aquarium du Trocadéro va se faire au prix fort pour les visiteurs

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L'inauguration de l'aquarium du Trocadéro (16e) aurait dû être une grande fête. Prévue samedi et reportée à fin avril (mi-avril pour le restaurant), la réouverture de ce site, après plus de vingt ans de fermeture, est un événement très attendu des Parisiens. Mais plusieurs scandales sont venus entacher ce dossier...

Dernier en date : la Société de construction de l'aquarium du Trocadéro (Scat), qui a édifié et qui exploitera Cinéaqua – c'est son nom –, vient de fixer le tarif d'entrée : 25 euros. Ce qui en fera l'un des aquariums les plus chers au monde. D'une surface totale de 15 000 m2, il n'offre pourtant que moins de 10 000 m2 d'exposition. Le temps de parcours est estimé à environ 1 h 30. « Mais Ciné-aqua intègre des studios d'enregistrement. Ce sont des investissements lourds, qui nous ont obligés à revoir le prix à la hausse », explique Mathieu Granet, directeur financier du site. Le budget total de la Scat se chiffre à 45 millions d'euros. Les objectifs de fréquentation, d'abord estimés à un million de personnes par an, « seront revus à la baisse », poursuit-il. A l'Hôtel de Ville, on s'arrache les cheveux. Pourtant, si ce dossier est avant tout un héritage encombrant de l'époque Tiberi, la municipalité actuelle semble avoir commis elle aussi quelques négligences.

En mai 2004, le tribunal administratif de Paris annulait une délibération du Conseil de Paris de 1999, portant sur la signature du traité de concession entre la Ville et la Scat (constituée par la société Morita-Aquarium BV), dans le cadre d'une délégation de service public. Le tribunal estimait que la procédure était « irrégulière ». Morita avait omis de fournir les comptes sociaux de ses trois dernières années dans son dossier. La majorité de l'époque n'avait rien vu... « Ce dossier est une planche pourrie depuis le début, la Mairie le sait. Elle aurait dû arrêter les travaux à la suite de cette annulation, et relancer une consultation », dénonce aujourd'hui Jean Dachary. Le gérant de Socrate, fabricant d'aquariums à Boulogne-Billancourt (92), a été au coeur du dossier dès le début, en 1988. Candidat aux deux premiers appels d'offres – qui ont été annulés –, il n'avait pas pu se présenter au troisième concours en 1998, en raison de problèmes financiers. Il se rappelle « que Bertrand Delanoë, quand il était dans l'opposition, avait été le premier à dénoncer le concours de 1998 ».

Mais les travaux continuent, et le tribunal administratif rappelle à l'ordre la municipalité en septembre 2005. Il « enjoint la Ville de procéder à la résolution du traité ». Elle décide alors d'abandonner la délégation de service public qui avait cours jusque-là, et de louer le site via un bail emphytéotique de trente ans à la Scat. « Une gestion exclusivement privée évitera à la collectivité d'avoir à supporter les risques et aléas du financement d'un équipement nouveau », justifie la délibération. « Mais la Mairie se privait du coup de tout moyen de pression sur la Scat », analyse Jean Dachary.

Mickaël Bosredon