Panard pour le pinard du 18e

William Molinié

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Sous la mairie du 18e, les 1 003 bouteilles de la cuvée 2010 du Clos-Montmartre attendent d'être ressorties à l'occasion des vendanges en octobre prochain.
Sous la mairie du 18e, les 1 003 bouteilles de la cuvée 2010 du Clos-Montmartre attendent d'être ressorties à l'occasion des vendanges en octobre prochain. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Sous la mairie du 18e, un trésor est secrètement gardé. C'est dans les sous-sols que les 1 003 bouteilles du Clos-Montmartre reposent à côté du pressoir avant d'être étiquetées puis dégustées et vendues pendant la fête des vendanges du quartier en octobre prochain. Un pressoir, quelques fûts de chêne et une cuve. La production est artisanale mais, au fil des années, les vendanges de Montmartre (18e) sont devenues le troisième événement parisien, après Paris-plages et la Nuit blanche. « C'est très folklorique et amusant. Les gens collectionnent les bouteilles », sourit-on à la mairie du 18e. Notamment les étrangers qui raffolent des étiquettes et joueront sans doute encore des coudes pour se procurer à 40 €, ou plus sous le manteau, une bouteille de la « Cuvée des Iles 2010 », designée par l'artiste Titouan Lamazou. Un véritable business qui défie les lois du palais. Car si les bons crus comme disait Pierre Dac font les bonnes cuites, le vin de la capitale ne laisse aucun doute sur son goût. Mieux vaut ne pas être regardant sur sa robe, son nez ou sa bouche. « Il est rustique, légèrement pointu et acide. Mais depuis quelques années, avec le réchauffement climatique, il commence à devenir correct », assure Francis Gourdin, l'œnologue des vignes de la Ville de Paris.

Les caves changées en parkings
Montmartre, Bercy, les Batignolles (lire encadré)… Paris est historiquement une terre de vin et il subsiste encore aujourd'hui quelques rares vignes, vestiges d'une production locale abondante de 90 000 hectolitres par an jusqu'à l'arrivée du phylloxéra, le puceron ravageur, à la fin du 19e. Les caves de la capitale, elles, ont disparu, transformées sous la pression immobilière en boîtes de nuits, restaurants ou parkings. « L'arrivée de la voiture a signé la mort des caves à Paris. Je suis sûre que dans des villas parisiennes, quelques particuliers nous cachent des trésors », se plaît à imaginer Marie-Lise Carabeuf, directrice des achats du musée du vin, situé dans les anciennes caves de la Tour Eiffel. La plus illustre est celle du restaurant de la Tour d'Argent (5e). Elle est parvenue à conserver ses 500 000 bouteilles pendant la seconde guerre mondiale grâce à son patron de l'époque qui l'a murée avant que l'état-major nazi ne se saisisse du lieu.

Quatre vignes

La capitale peut se targuer d'exploiter quatre vignes principales : dans le parc Georges-Brassens (15e), le parc de Belleville (20e), le parc de Bercy (12e) et Montmartre (18e). En tout, près de 3 000 pieds produisent chaque année environ 2 000 kilos de raisin. La plupart du Pinot noir et meunier, du Gamay ou encore du Sauvignon. Son goût hasardeux n'est pas nouveau. Déjà au 17e siècle, un dicton avertissait : « C'est du vin de Montmartre — Qui en boit pinte en pisse quarte » [ La pinte de Paris équivalait à 952 mL et la quarte à 67 L ].