Plongée dans le réservoir de L'Opéra

Émilie Massemin (ipj)

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L'accès au réservoir du Palais Garnier se fait par d'étroits escaliers. Seuls s'y rendent les personnels habilités.
L'accès au réservoir du Palais Garnier se fait par d'étroits escaliers. Seuls s'y rendent les personnels habilités. — Photos : A. galindo / ipj

C'est une vaste salle souterraine où courent sur les murs et le plafond des tuyaux de toutes tailles. Au milieu, un trou dans le ciment attire le regard. Une cage de grillage l'entoure pour en interdire l'accès. On distingue quelques marches qui s'enfoncent dans une eau claire, aux reflets verdâtres. L'entrée est étroite. Mais l'étendue d'eau recouvre une surface de 25 m sur 50, divisée entre une vaste cuve et un bassin plus petit. Ces réservoirs ont été construits en 1861 sous les ordres de Charles Garnier, en même temps que l'Opéra. « Le terrain était très marécageux, explique Dominique Bonneau, le responsable de la maintenance. Les bassins ont permis de canaliser les eaux d'infiltration tout en stabilisant l'édifice. »

La nature reprend ses droits
La cuve constitue aujourd'hui un formidable terrain d'entraînement à la plongée. Le caporal Antoine Gsegner, de la brigade des sapeurs-pompiers plongeurs de Gennevilliers Port, y est déjà descendu trois fois pour s'entraîner. « L'avantage est que l'eau est vraiment claire, avec une température idéale de 12°C », remarque le jeune homme de 26 ans, qui garde un souvenir ému de « la beauté des voûtes » sous-marines. La brigade partage ces eaux avec les hommes du service départemental de secours incendie. La gendarmerie négocie actuellement avec l'Opéra pour pouvoir profiter de ce lieu unique. Un accord est « en voie de finalisation ».
Si les hommes se sont approprié la cuve, la nature reprend ses droits dans le petit bassin. Dominique Bonneau y observe « des barbots, des poissons rouges, des carpes et des perches ». En vedette, s'y prélasse une anguille géante baptisée « Neunœil », « rescapée de la poissonnerie d'un hypermarché » selon son adjoint. « Une légende dit qu'à chaque fois que les pompiers perdent un des leurs, ils lâchent un poisson dans le bassin », rapporte le capitaine Jean-Marie Lecoq, chef de la brigade des plongeurs. Une façon de suggérer que les eaux souterraines du Palais Garnier n'ont peut-être pas dévoilé tous leurs secrets. W