Vis ma vie d'assistant social

Lucie Soullier

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Nicolas Lefebvre ira manifester.
Nicolas Lefebvre ira manifester. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Alors que les travailleurs sociaux manifestent aujourd'hui, 20 Minutes a suivi hier Nicolas Lefebvre, assistant social, à Paris depuis cinq ans. Comme tous les jours, il arrive à 8 h 30 dans les bureaux de l'aide sociale à l'enfance du 12e arrondissement. Quinze messages l'attendent déjà. Des situations plus ou moins urgentes. « Savoir faire le tri, cela fait parti du travail », soupire l'assistant social de 38 ans. Impossible de tout traiter. Dans son équipe, chacun peut suivre jusqu'à 32 enfants placés, de 0 à 21 ans.

Emploi du temps chargé
Et entre le tribunal, les réunions avec les foyers et les familles, il jongle avec un emploi du temps plus que chargé. Sans compter le jeune garçon qui se présente sans rendez-vous et pour qui il trouve quelques minutes. « Quand quelqu'un qui ne vient jamais sans prévenir arrive, je prends un peu de temps pour voir ce qu'il se passe. »
S'il essaie de conserver une distance professionnelle, Nicolas Lefebvre avoue qu'il lui arrive de s'attacher. « Forcément. On tisse des liens, cela ne peut pas être complètement étanche. » Alors le soir, lorsqu'il retrouve sa compagne dans le Val-de-Marne, il a parfois du mal à ne pas être préoccupé. « Heureusement », il y a aussi de belles histoires. Comme les coups de téléphone de « ses » jeunes qui lui annonceront leur réussite au Bac. De bonnes nouvelles qui le remotivent face aux situations qu'il redoute le plus. « Les incestes, c'est le pire. » Alors, même s'il adore son métier, il attend les vacances avec impatience. « C'est violent en ce moment. On est en première ligne pour observer la crise de l'emploi, du logement… » Un sentiment d'impuissance qui en fait craquer certains dans la profession, entre dépressions et burn-out. Et c'est justement l'impression que son métier est déconsidéré qui amène, aujourd'hui, Nicolas Lefebvre à aller battre le pavé.

Revendications

Assistants sociaux, éducateurs spécialisés, éducateurs de jeunes enfants et conseillers en économie familiale demandent une revalorisation de leur statut et de leur salaire. Ils font trois ans d'études mais leur diplôme n'est reconnu qu'à BAC + 2.