« êtres aimés » de tout un quartier

Tiphaine Réto

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Catherine Verot, charcutière et Serge Caillaud, boucher, ont été élus par les habitants du 6e.
Catherine Verot, charcutière et Serge Caillaud, boucher, ont été élus par les habitants du 6e. — Manuel Obadia Wills

Journaux en main, Ali Akbar, vendeur à la criée, tourbillonne sur la place Saint Sulpice (6e) en promettant « la première échographie de Carla » en cahier intérieur du Monde. « C'est comme ça que je touche le cœur des gens, sourit-il. En mettant un peu de rire dans leur quotidien. »

Redonner une valeur
Ali fait parti des trois anonymes dont les portraits géants égaieront bientôt les murs du 6e arrondissement de Paris. Une initiative de la campagne internationale « Etres aimés ». « L'essence de ce projet, explique Anna Dimitrova, à l'origine de l'événement, est d'offrir un art urbain qui ne s'impose pas, mais s'intègre à son entourage de manière interactive. » Du 11 au 17 juin, quatre artistes sont donc invités à peindre les visages des « élus du cœur », sélectionnés par les habitants et les habitués de l'arrondissement. « Chacun a été invité à voter pour les personnalités qui représentent le mieux le quartier, raconte Emmanuel de Brantes, co-organisateur de la campagne parisienne. C'est un moyen de redonner, par l'art, une personnalisation de la vie de la ville. »
Catherine Verot, charcutière près de Notre Dame des Champs, fait elle aussi partie des heureux élus. « C'est drôle », répète-t-elle, encore émue par l'annonce des résultats. Son visage devrait orner pendant trois mois un mur d'enceinte de 27 mètres de long au 96, bis, boulevard Raspail… Pas question, pour autant, de prendre la grosse tête : « Je ne réalise pas encore ce que ça va donner, mais ça me touche que les gens aient pensé à moi. J'ai une belle relation avec mes clients et je suis heureuse de voir qu'ils l'apprécient. » Même sentiment pour Serge Caillaud, boucher au marché Saint Germain et amoureux du 6e depuis son installation en 1972. « C'est un peu une reconnaissance de notre travail et de nos métiers… et un beau cadeau avant ma retraite.» Sur la place Saint Sulpice, Ali, lui, continue de tout tourner à la dérision : « Le jour où on verra ma tête sur les murs, c'est promis : j'annonce bien fort mon élection ! »