Il s'était laissé mourir

William Molinié

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La femme de Laurent, Nelly (à g.), hier au tribunal de Nanterre.
La femme de Laurent, Nelly (à g.), hier au tribunal de Nanterre. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Une chaise vide. Et pourtant, ce procès, Laurent Radenac l'avait attendu. Depuis ce jour en janvier 2007 où il s'était retrouvé coincé par un rideau de fer de 300 kg qui lui a broyé le genou, le rendant invalide à 10 %. Le parquet, sur un rapport de l'inspection du travail poursuivait alors les dirigeants de sa société. « L'entreprise avait connaissance depuis un an du dysfonctionnement de cette porte. Elle est responsable de cet accident », met en avant son avocate, Me Alexandra Defosse-Montjarret. Hier, devant la 17e chambre correctionnelle de Nanterre (Hauts-de-Seine), Laurent Radenac aurait pu lui-même apporter des précisions.

Il se laisse mourir près de chez lui
Aurait. Car entre-temps, ce salarié de 52 ans, en poste chez Nestlé Waters, a été retrouvé mort de froid dans un hangar des Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 6 décembre dernier. L'affaire aurait pu être jugée le 8 novembre 2010. Mais les avocats de Nestlé sont parvenus à faire reporter l'audience, personne n'étant capable d'imaginer l'issue tragique qui se dessinait. Père de deux filles, sans histoire, Laurent Radenac a quitté le domicile quelques jours après cette convocation devant la justice. Après trois semaines d'errance près du canal de l'Ourcq, les policiers le ramassent inerte, sous une bâche. Au début, ils pensent qu'ils ont découvert le corps d'un SDF. Mais les rapprochements sont faits. Laurent Radenac s'est laissé mourir, à moins de quatre kilomètres de chez lui, en plein hiver. Aujourd'hui partie civile, la veuve, Nelly, explique ce drame par les pressions que son mari aurait enduré au travail. « Ses patrons lui ont reproché de s'être porté partie civile dans ce procès. Je pense qu'il s'est passé quelque chose le dernier jour de travail. Comment expliquer qu'il soit parti comme cela du jour au lendemain ? », se demande-t-elle. L'affaire devait être jugée hier dans la soirée.

Harcèlement ?

Une plainte contre X a été déposée par Nelly, la veuve de Laurent Radenac, quelques jours après sa mort. Une enquête a été ouverte. Elle vise à reconstituer ses semaines d'errance. Et à évaluer si l'entreprise est à l'origine de son geste.