Une famille d'accueil sur le banc des accusés

Lucie Soullier

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Les trois adolescents échangent des petits mots pour se rassurer. Car l'ambiance est lourde, ce vendredi, devant la 7e chambre du tribunal de grande instance de Versailles (Yvelines). Laurent*, 17 ans, Geoffrey, 15 ans, et Mélanie, 15 ans, sont venus dénoncer ce qu'ils auraient subi, en 2006 et 2007, chez Halima Bendaoud, auprès de qui ils étaient placés par l'aide sociale à l'enfance. Celle-ci a été condamnée à dix mois de prison avec sursis pour les mauvais traitements qu'elle infligeait aux enfants (lire encadré).

Privations et violences
Des privations de nourriture, une douche par semaine, des coups de balai : les anecdotes se multiplient. Le fils de l'accusée, Fayçal Lassami, 38 ans, aurait quant à lui « tapé la tête de Geoffrey contre le bord du canapé ». Mais mère et fils contestent tout. « Les enfants sont donc des menteurs ? » demande la présidente du tribunal. « Absolument », répond l'ancienne assistante familiale. De 1999, date à laquelle les deux frères ont été placés, jusqu'en 2002, la vie était pourtant belle. Laurent raconte. « Au début, elle était gentille puis elle s'est séparée de son mari et a pété les plombs. » Mélanie arrive en 2006. C'est elle qui parlera aux services sociaux. Après une visite surprise de l'assistante sociale, les enfants sont retirés d'un logement « d'une saleté répugnante » et suroccupé. Car les deux fils d'Halima sont venus vivre chez elle après le divorce. Avec les belles-filles, les petits-enfants et les autres enfants placés, ils pouvaient être jusqu'à treize dans son quatre-pièces du Chesnay (Yvelines). Loin d'elle, les enfants parlent. Mais les mots restent difficiles à prononcer. Par peur, mais aussi parce qu'Halima Bendaoud, 57 ans, est devenue une mère de substitution. Notamment pour Geoffrey, placé chez elle à 4 ans. Avec la condamnation de la mère et du fils, c'est le statut de victimes des enfants qui est reconnu. Mais l'ancienne famille d'accueil compte bien faire appel. Selon leur avocat, Me Lévy, « on ne peut pas les condamner sur de simples déclarations. »
Les prénoms ont été changés.

Jugement

Halima Bendaoud a été condamnée à une peine de dix mois de prison avec sursis, mais aussi à une interdiction définitive d'exercer une activité en contact avec des mineurs, ainsi qu'à des dommages et intérêts de 3 000 € par enfant. Son fils a écopé d'une peine de trois mois de prison avec sursis ainsi que de 500 € de dédommagement à verser à Geoffrey.