La deuxième vie de l'industrie

Oihana GAbriel

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Depuis le début des années 1990 et le succès de la Ferme du Buisson à Noisiel (77), centre culturel installé dans d'anciennes usines du chocolat Menier, la mode de la réhabilitation du patrimoine industriel francilien n'a fait que s'amplifier. La Seine-et-Marne comptera à partir de juin un nouveau pôle dédié au cinéma et aux arts vivants à Saint-Fargeau-Ponthierry avec Les 26 couleurs (lire ci-dessous).
Mais les projets de réutilisation des friches ne sont pas uniquement culturels. Les grands moulins de Pantin (93) ont pris un virage tertiaire en devenant le siège de la BNP-Paribas depuis 2009. A Champagne-sur-Seine (77), des activités de construction mécanique se sont installées dans les anciennes usines électriques de Schneider. En 2012, Luc Besson ouvrira grand les portes de sa Cité du Cinéma dans une ancienne centrale EDF de Saint-Denis. « Il y a une vraie volonté de la région d'aider la réutilisation du patrimoine à des fins d'aménagement du territoire et de mémoire ouvrière, qui est en train de disparaître à grande vitesse », souligne Arlette Auduc, responsable des Patrimoines et inventaire à la région Ile-de-France. Elle rappelle que le patrimoine industriel a très largement été abattu. « Il reste les endroits les plus remaquables. Avec la pression immobilière en Ile-de-France, si les élus et les associations n'ont pas un projet, on court à la destruction. » L'inauguration des 26 couleurs devrait encourager d'autres villes à poursuivre cette mise en valeur. La Ferté-sous-Jouarre (77) pourrait notamment mettre en avant ses carrières de meulière. Certains maires espèrent voir émerger un véritable parcours touristique industriel pour enrichir l'image de la Seine-et-Marne, encore très rurale. Mais réhabiliter des usines, entrepôts, centrales constitue un vrai challenge. « Pour Noisiel, il a fallu une mobilisation énorme, reprend Arlette Auduc. Les lieux de production ne sont forcément adaptés à un projet culturel. Depuis Noisiel, on a beaucoup réfléchi à comment réhabiliter. A partir de quand le bâtiment perd-il son esprit ? Le cabinet d'architectes Reichen et Robert est même spécialisé dans ce genre de réaffectation. Certains ont reproché aux grands moulins de Pantin de ne garder que l'enveloppe. »

mains d'œuvre

Fruit d'une initiative privée, Mains d'Œuvre, un ancien centre social et sportif des Usines Valeo, est devenu en 2001 un lieu de création artistique à Saint-Ouen (93). Pas de machinerie, mais un bâtiment très typé années 1970, au point qu'il fut le décor de nombreux biopics comme ceux sur Coluche et Gainsbourg. Blandine a participé à l'émergence de cette salle peu traditionnelle : « On a réaménagé le parking en studios de musique, mais on a gardé au maximum le bâtiment en l'état. Il a fallu deux ans de travaux mais le lieu évolue perpétuellement avec beaucoup de récup. »