piégés en pleine nuit

William Molinié

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Le feu a été maîtrisé à 5 h 30 (en h. à g.). Cinq corps ont été retrouvés (en h. à dr.). Hier matin, la police tentait de déterminer l'origine du sinistre (en b.).
Le feu a été maîtrisé à 5 h 30 (en h. à g.). Cinq corps ont été retrouvés (en h. à dr.). Hier matin, la police tentait de déterminer l'origine du sinistre (en b.). — DUPUY FLORENT/SIPAA. GELEBART / 20 MINUTES

«Je ne pouvais pas sortir sur mon balcon. La chaleur des flammes traversait la rue. » Cet homme, dont l'appartement est situé en face de l'immeuble qui a brûlé hier, Cité du Labyrinthe (20e), décrit des scènes d'horreur. Réveillé hier vers 2 h 30 du matin par des cris, il voit des personnes sauter du quatrième étage pour échapper à la fumée. D'autres tentent de descendre en rappel le long de la paroi, munis d'une simple corde de draps. Un pompier tombe de la grande échelle, électrocuté. Il atterrit sur des matelas disposés à la hâte dans la cour par les habitants de l'immeuble. Certains d'entre eux ne doivent leur survie qu'à l'effort de solidarité des riverains. Malgré l'intervention de 300 pompiers le bilan est très lourd, notamment à cause de l'exiguïté des lieux, une petite ruelle où les camions de secours n'ont pas pu rentrer. Cinq personnes ont péri, quatre en se jetant des fenêtres, la dernière a été retrouvée brûlée dans la cage d'escalier. Cinquante-sept personnes ont été blessées dont six grièvement. C'est le pire sinistre qu'ait connu la capitale depuis 2005 (lire encadré).

Un immeuble « surpeuplé »
L'origine de l'incendie n'est pas encore connue. Mais la piste accidentelle semble privilégiée. « Le feu a pris dans la cage d'escalier. Là, où il y a un boîtier électrique », explique Mohammed, rescapé du sinistre. « L'immeuble n'était pas vétuste. Ce n'est pas un problème d'insalubrité », précise la maire PS du 20e, Frédérique Calandra. Toutefois, plusieurs riverains nous ont confirmé qu'il était « surpeuplé ». « Les familles étaient nombreuses, avec notamment beaucoup d'immigrés égyptiens », fait remarquer le gardien de l'immeuble voisin qui se souvient d'un feu au même endroit « il y a un ou deux ans ». La propriétaire des lieux, une jeune femme d'une trentaine d'années, aurait hérité de l'immeuble dernièrement.
Vers 10 h, les enquêteurs commençaient à recueillir des témoignages de riverains pendant que le laboratoire central de la préfecture relevait des indices pour déterminer l'origine du sinistre. Les personnes blessées, la plupart intoxiquées par les flammes, ont été évacuées dans les hôpitaux alentours. « Nous travaillons pour les reloger en tenant compte de leur intimité », assure-t-on à la Ville de Paris.

Tués par le feu

15 avril 2005, hôtel Paris-Opéra (9e) : 25 morts dont 10 enfants. C'est le point de départ d'une année de feux mortels dans des hôtels insalubres parisiens 26 août 2005, boulevard Vincent Auriol (13e) : 17 morts dont 14 enfants. 29 août 2005, rue du Roi-Doré (3e) : 7 morts. 11 janvier 2011, rue Stephenson (18e) : une adolescente de 13 ans meurt, neuf personnes blessées. 14 avril 2011, Ménilmontant (20e) : 5 morts, 57 blessés dont 6 graves, 300 pompiers mobilisés.