il était une fois nos cités

Oihana Gabriel

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Tableau féroce des cités par Rim'k (à g.). et second degré pour Relom (à droite), Binet (au milieu) et Larcenet (en bas) .
Tableau féroce des cités par Rim'k (à g.). et second degré pour Relom (à droite), Binet (au milieu) et Larcenet (en bas) . — relom / Edition le lombardBinet et audie-fluide glacialManu LArcenet / DargaudDargaud

La banlieue parisienne sous toutes ses couleurs. Souvent médiatisées comme un espace délaissé et « à problèmes », les banlieues trouvent dans la BD un éclairage polymorphe et imaginatif. Elles se ressemblent, qu'elles soient décor d'une parodie ou ville repoussoir. Des tours, des joggings, des policiers, on retrouve souvent les mêmes références.
La banlieue parisienne n'a pourtant pas la même image quand on parle de Malakoff (92) ou de Clichy-sous-bois (93). Isabelle Papieau, auteur de La banlieue de Paris dans la bande dessinée, rappelle qu'« il y a toujours eu un clivage entre la banlieue nord dépotoir et les périphéries sud, lieux de loisirs. »
Pour elle, la tendance récente est à la caricature. « Tardi a donné une image sombre de la banlieue parisienne au XIXe siècle mais juste. Dans les années 1960, le Lucien de Margerin montre une banlieue sympathique, conviviale. Dans Les Bidochons en HLM (1993), on dénonce l'inconfort d'un espace incivil. Mais la mixité sociale tranparaît encore, alors qu'on a perdu cette mixité après le choc pétrolier. »
Si la BD n'évite pas toujours les clichés, les albums d'humour ont le mérite de tourner en dérision ces stéréotypes. Manu Larcenet offre avec La France a peur de Nic Oumouk (2007) un album au quinzième degré dans lequel un gamin en mal de virilité tente désespérément de participer à des émeutes. Dans Cité d'la balle (2009), Relom décrit le quotidien d'une bande d'ados paumés, solidaires et touchants. « Ce ne sont ni des anges, ni des monstres, souligne-t-il. Je ne voulais pas sublimer la banlieue, mais montrer le machisme sans rentrer dans le politiquement correct. Je n'aime pas l'image catastrophiste véhiculée par le rap notamment. J'ai vécu 5 ans Porte de Montreuil et je voulais montrer l'entraide, la fraternité qu'on oublie souvent ». Rim'k, du groupe de rap 113, passé du micro au scénario de BD avec Ghetto Poursuite (2010), estime que « la BD dédiabolise la banlieue. On parle des personnes en difficulté, c'est sûr. Mais il y a toujours un brin d'espoir. On n'évoque jamais la corruption des mairies, sujet de la BD, dans les reportages de TF1 ! » Cette BD n'évite pas les stéréotypes mais dévoile sous la forme d'une enquête le quotidien de jeunes de Vitry (94).