Des BAstons sans la raison

William Molinié

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Malgré le couvre-feu levé vendredi matin et les 170 policiers déployés dans les deux villes (en h.), la vie reprend son cours à Asnières et Gennevilliers (en b.).
Malgré le couvre-feu levé vendredi matin et les 170 policiers déployés dans les deux villes (en h.), la vie reprend son cours à Asnières et Gennevilliers (en b.). — Photos : A. GELEBART / 20 MINUTES

Si le couvre-feu a été levé vendredi matin, les problèmes sont loin d'être réglés dans le Nord des Hauts-de-Seine, à la frontière d'Asnières et de Gennevilliers. Malgré un retour au calme relatif ces derniers jours, tout est devenu prétexte à l'affrontement. Depuis la mort (lire encadré) de Samy, 15 ans, poignardé dans la nuit du 12 au 13 mars, plus de 150 grenades de désencerclement ont été tirées par les policiers. Principalement pour empêcher des bagarres entre deux bandes rivales : celle des Courtilles à Asnières et la cité du Luth à Gennevilliers. Malgré la fin du couvre-feu, qui interdisait tout mineur non accompagné d'être dehors entre 20 h et 6 h du matin, 170 policiers et CRS sont toujours déployés. Ils resteront, d'après les autorités, jusqu'à la fin des vacances de Pâques. « Ce couvre-feu était nécessaire. Dommage qu'il soit fini, car ça peut repartir à tout moment », remarque Laura, 27 ans, à Asnières.

« On se bat, c'est normal »
Personne dans le quartier n'est capable de dire d'où viennent ces rivalités. « C'est la patinoire d'Asnières. Ceux de Gennevilliers veulent y aller. Alors ça fait des histoires », raconte un jeune des Courtilles. « On se bat, c'est normal. On ne sait pas trop pourquoi, mais ça dure depuis que j'ai cinq ans », assure un autre adolescent, croisé à côté d'un terrain de football. D'après la police, ils seraient une dizaine, pas plus, de chaque côté, à vouloir marquer leur territoire, prêts à en découdre. « La raison profonde, c'est la station de métro. Ils veulent se l'approprier pour leurs trafics », explique Christophe Crépin, d'Unsa-Police. Et notamment les petits dealers de la cité du Luth, où « autrefois, beaucoup de stars de cinéma et de Parisiens venaient s'approvisionner en cocaïne », confie-t-on du côté des Courtilles. « Quand les policiers seront partis, ils se battront à nouveau car c'est leur seule occupation. Ces jeunes, ils s'ennuient », fait remarquer le vendeur de fruits, à côté de la station de métro. Les mairies des deux villes réfléchissent à l'organisation d'activités et de sorties communes pendant les vacances de Pâques. En attendant, vendredi, les écoles d'Asnières défilaient dans la rue pour le carnaval. « La vie ne s'est jamais vraiment arrêtée. Les bagarres, c'est notre quotidien », souffle Annabelle, 36 ans, une maman du quartier.

chronologie

Dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 mars, Samy, 15 ans, originaire d'Asnières est poignardé mortellement au thorax. Dimanche 13 mars, un homme de 22 ans est passé à tabac et frappé à l'arme blanche aux Courtilles à Asnières. Mardi 15 mars, un adolescent est poignardé dans le bas du dos avec un tournevis près du Luth. Mercredi 16 mars, un couvre-feu est instauré dans les deux villes pour les mineurs entre 20 h et 6 h du matin. Mercredi 23 mars, le couvre-feu est prolongé d'une semaine.