Un Ange Pour le Biz des Cités

Oihana Gabriel

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A. GELEBART / 20 MINUTESC. VOISIN / 20 MINUTESA. GELEBART / 20 MINUTESA. GELEBART / 20 MINUTES

Départ Maroc, arrivée Paris 17e en passant par Mantes-la-Jolie (Yvelines). Le parcours d'Aziz Senni va à l'encontre des clichés véhiculés sur les banlieues. En 2000, un BTS en poche, Aziz, 23 ans, décide de lâcher ses deux emplois pour monter au Val-Fourré (78) sa boîte, Alliance Transport et Accompagnement, le système du taxi-brousse adapté à la banlieue. « J'ai eu l'idée en regardant un reportage d'Arte sur un Suédois qui assurait le transport de personnes âgées chez le dentiste, raconte Aziz. Je me suis alors rappelé que quand j'étais petit au Maroc on prenait le taxi collectif. En étudiant le marché, j'ai vu qu'il y avait un besoin de transport pour les personnes enclavées. » A la fois économique et écologique, ce nouveau transport collectif aide les habitants de zones rurales et des cités, lieux parfois mal desservis par les taxis. « J'ai eu la chance d'être confronté au magnifique lobby des taxis. La seule fois de ma vie où j'ai été en danger au Val-Fourré, c'est quand j'ai monté ma boîte. » Pour réussir à élaborer un business plan, Aziz multiplie les concours et bourses au mérite avant de prendre des cours dans des écoles de commerce.

« Un chasseur de primes »
«J'étais devenu un chasseur de primes. J'ai manqué de trois choses pour monter ma boîte : le capital, quelqu'un d'expérimenté et le carnet d'adresses. » Trois atouts qu'il met à disposition des jeunes de banlieues qui souhaitent monter leur entreprise ou des entrepreneurs qui tentent d'investir dans ces cités avec son fonds d'investissement, Business Angels des Cités (BAC). « Expliquer à des patrons du CAC 40 qu'il y avait du potentiel dans ces cités, cela revenait à leur dire qu'on allait faire pousser des cerises dans le désert !  » Mais petit à petit, la BAC s'installe et soutient une douzaine de PME comme ruedesconsuls.com, un site qui vend des produits d'artisanat marocain redesignés. Après un premier ouvrage, « L'ascenseur social est en panne, j'ai pris l'escalier », dans lequel il dévoile son itinéraire et son combat pour une autre vision de la banlieue, Aziz sort fin 2010 un second livre, « Monte ton biz : les dix commandements de l'entrepreneur des cités ». Les qualités nécessaires ? « Le Rêve, l'Ambition, le Travail et le Partage. Ça fait RATP, parfait pour un transporteur ! » Aziz a quitté le Val-Fourré pour « habiter chez les bourgeois. Maintenant que j'ai les moyens, pourquoi ne pas offrir le meilleur à mes enfants ? Mais j'ai laissé ma boîte à Mantes-la-Jolie », se justifie t-il. Dans ses bureaux, l'entrepreneur a installé trois horloges aux heures de Paris, Mantes-la-Jolie et la Courneuve. Un clin d'œil humoristique pour celui qui se défend d'être élitiste. « Je n'ai rien contre le travail manuel. Mais au collège on nous expliquait qu'on pouvait être de supers ouvriers, jamais avocats ou chefs d'entreprise. »

« Plus rapide qu'un bus, moins cher qu'un taxi », voilà le slogan d'ATA (www.atafrance.com), qui propose une course partagée en IDF avec un tarif défini (de 10 % à 50 % moins cher qu'un taxi) et 15 à 20 minutes de délai à l'arrivée.